SITE DE LA FAMILLE COSMAO DUMANOIR
 

Date de la dernière mise à jour : 13.11.2010
Retour à la page d'accueil "Personnages"

JULIEN COSMAO KERJULIEN (1761 – 1825)

Surnommé par ses marins : « Va-de-bon-cœur »
 « Il était le meilleur marin de l'époque et (…) personne n'a été plus brave et plus généreux ».
(Napoléon)

Nous avons échangé beaucoup d'informations avec Raymond et Dominique Cosmao qui ont effectué des recherches très poussées sur Julien Cosmao Kerjulien. Qu'ils en soient remerciés.

SOMMAIRE :

  1. Biographie
  2. Commentaires
  3. Les états de services
  4. Le titre de Baron
  5. Le titre de Grand d'Espagne
  6. Les bateaux ayant porté le nom "Cosmao"
  7. La descendance de Cosmao Kerjulien
  8. Les souvenirs de Cosmao Kerjulien
  9. Bibliographie
  10. Annexes
    10.1 Illustrations
    10.2 Lettre du 1er janvier 1806
    10.3 Les principaux faits d'armes et épisodes
    - La prise du Rocher du Diamant (31 mai - 2 juin 1805)
    - Le combat des Quinze-Vingts (22 juillet 1805)
    - Le combat de Trafalgar (21 octobre 1805)
    - L'action du 23 octobre 1805
    - Le ravitaillement de Barcelone (avril - mai 1809)
    - La manœuvre du Wagram (5 novembre 1813)
    - Les deux missions sur Corfou (1808 - 1814)
    - Le combat du 13 février 1814
    - Le passage de Gibraltar (14 septembre 1814) : son dernier embarquement

1. BIOGRAPHIE
EXTRAIT DE L'ENCYCLOPEDIE BRETONNE DE Prosper LEVOT

 Remarque : Il existe un certain nombre de notices biographiques de Cosmao Kerjulien (voir § 9). Outre le fait qu'elles rapportent à peu près toutes les mêmes événements (et parfois reproduisent les mêmes erreurs) et qu'elles sont plus ou moins complètes, certaines prennent l'aspect de panégyriques, parfois dithyrambiques. Nous avons choisi celle-ci car elle nous parait une des plus complètes, sans outrances flatteuses. Des notes complémentaires précisent certains points.

Cosmao Kerjulien (Julien Marie, baron), fils d'un notaire de Châteaulin, naquit dans cette ville le 29 novembre 1761 (1). Il avait à peine atteint sa quinzième année que, dominé par le désir de se faire marin, il se rendit à Brest, sans consulter ses parents.
Embarqué comme volontaire sur la frégate l'Aigrette, à la recommandation de son frère aîné, Cosmao Dumanoir, secrétaire des Commandements du Comte Hector, il fit campagne d'un an aux Antilles.
Il embarqua ensuite sur la frégate l'Oiseau, expédiée sur les côtes de l'Océan.
Pendant cette seconde campagne, Cosmao se fit remarquer dans deux combats. Le premier, devant Bordeaux, contre une frégate anglaise de premier rang que l'Oiseau força à s'éloigner. Le second, dans l'ouest de Belle-Ile, contre un corsaire anglais de 24 canons de 12, dont la frégate française s'empara, après un engagement très vif.
Passé en janvier 1779 sur l'Hirondelle, frégate de 20 canons, il prit part, le 16 septembre suivant, à un combat opiniâtre contre deux corsaires anglais : l'un de 14 canons, l'autre de 12, qui furent très maltraités et réduits à fuir, après une lutte de trois heures. Quinze jours plus tard, l'Hirondelle obligea un corsaire de 16 canons à se jeter à la côte, à l'entrée de la rivière de Surinam, et, le 10 juillet 1780, la frégate française captura deux bâtiments de la Compagnie des Indes richement chargés.
Cosmao, nommé lieutenant de frégate, au mois de novembre 1781, fit dans l'océan, sur les vaisseaux le Pégase et le Protecteur, plusieurs croisières suivies d'une expédition à Terre-Neuve, sur la flûte la Fidèle qu'il commandait.
La réputation d'habile manœuvrier qu'il avait su mériter, le fit nommer sous-lieutenant de vaisseau en 1786 et rechercher successivement des commandants de la Lourde , de la Vigilante et de la Dorade. Il fit sur ces bâtiments diverses campagnes dans les mers du nord et aux iles du Vent (2), jusqu'en 1787, époque à laquelle il obtint d'abord le commandement du Vanneau et, deux mois après, celui de la gabarre la Boulonnaise qu'il conserva pendant deux ans.
Promus lieutenant de vaisseau au mois de mai 1792, Cosmao prit le commandement du Brave . Nommé capitaine de vaisseau l'année suivante, il passa à celui de la Syrène, sur laquelle il fit une campagne d'environ un an dans la Méditerranée.
Après avoir commandé successivement de 1793 à 1794, le Centaure, le Commerce de Marseille et le Duguay-Trouin, il fut nommé capitaine de pavillon du Tonnant, monté par le contre-amiral Delmotte, et faisant partie d'une armée navale de quinze vaisseaux, six frégates et trois bricks, commandée par le contre-amiral Martin.
Lors de la sortie, le 5 juin 1794, d'une division de sept vaisseaux, cinq frégates et une corvette, Cosmao commandait le Tonnant.
Le 1er mars 1795, l'armée entière sortit, cette fois, Cosmao, encore capitaine du Tonnant, avait à son bord le contre-amiral Delmotte. Lors de l'engagement qui eut lieu, le 7 du même mois, entre la frégate française l'Alceste et le Berwick, le Tonnant, arrivé sur le champ de bataille deux heures après le commencement de l'action, tira trois coups de canon après lequel le Berwick amena son pavillon. Cinq jours après, l'armée fut rencontrée sous le cap Noli (3) par une escadre anglaise de treize vaisseaux, deux corvettes et un cutter. Dans cette affaire, le Ça-ira et le Censeur furent pris, malgré le secours de quatre vaisseaux, du nombre desquels était le Tonnant.
Devenu chef de division, Cosmao commanda successivement et sans interruption, de 1797 à 1805, six vaisseaux différents, sur lesquels il fit plusieurs campagnes. À Saint-Domingue, il commanda plusieurs stations et prit part à quelques-uns des combats livrés aux nègres (sic) révoltés.
Commandant ensuite, en 1805, le vaisseau le Pluton (4), faisant partie de l'armée franco-espagnole de dix-huit vaisseaux, sept frégates, une corvette et un brick, commandée par le vice-amiral Villeneuve, il eut pour mission spéciale, aussitôt l'arrivée de l'armée en Martinique, d'attaquer avec une division le rocher jusque là réputé imprenable du Diamant, situé dans le sud-ouest de Fort-Royal (5), et occupé par les Anglais. Après avoir embarqué trois cents hommes de troupe, la division composée de deux vaisseaux : le Pluton et le Berwick, de la frégate la Syrène et de la goélette la Fine, appareilla de Fort-Royal dans la soirée du 29 mai et, malgré le feu des batteries du fort, malgré une vive fusillade des Anglais, cachés dans les anfractuosités du rocher, le Diamant fut pris le 2 juin, après quatre jours de combat. Cette entreprise d'une exécution presque impossible a été mise avec raison au nombre des plus beaux faits d'armes de la marine française.
Au mois de juillet suivant, l'armée navale rentrée dans les mers d'Europe, faisait voile près le Ferrol (6), lorsque le 22, par la latitude du cap Finistère (7), elle rencontra l'armée anglaise commandée par l'amiral Sir Robert Calder. L'armée franco-espagnole s'étant mis en ordre de bataille, les vaisseaux espagnols en avant-garde, et le Pluton en tête des vaisseaux français, Cosmao s'aperçut que le vaisseau espagnol le Firme, serre-file de ceux de sa nation, démâté de plusieurs de ses mats, dérivait dans la ligne anglaise. Ne consultant que son courage, il quitte son poste et vient se placer entre les Anglais et le Firme. Cette belle et audacieuse manœuvre aurait eu tout le succès qu'en attendait Cosmao, si les vaisseaux placés derrière le Pluton eussent pu l'imiter. Mais la brume et la fumée les en empêchèrent et, se trouvant seul contre plusieurs vaisseaux ennemis, il se vit forcé d'aller reprendre son poste. Le Firme tomba au pouvoir des Anglais.
Pendant que Cosmao se dévouait ainsi pour venir au secours d'un vaisseau allié, trois autres : le Terrible, l' España et l' America, fort maltraités, tombaient sous le vent de la ligne. Le Pluton quitta encore son poste pour couvrir ces vaisseaux de son feu. Mais, plus heureux cette fois, il les empêcha d'être enveloppés et pris (8).
Au funeste combat de Trafalgar (9) (21 octobre 1805), l'intrépide Cosmao renouvela, surpassa même encore la belle conduite que nous venons de le voir tenir. Il manœuvra constamment pour empêcher la ligne d'être coupée et pour soutenir les vaisseaux voisins du sien qu'il voyait trop pressés par l'ennemi.
Dès le commencement de l'action, un vaisseau anglais de 80 (10) veut passer sur l'avant du Pluton. Cosmao force de voiles, en venant au vent et, en obligeant lui-même ce vaisseau à tenir lui-même le vent, il le force à chercher un autre point d'attaque. En effet, il se dirige alors entre le Monarca et le Fougueux qu'un assez grand intervalle séparait en ce moment. Mais Cosmao qui suit les mouvements de ce vaisseau, place le Pluton dans cet intervalle et contraint son adversaire à lui présenter le travers pour éviter d'être enfilé par l'avant.
Le combat entre les deux vaisseaux durait depuis une demi-heure, Cosmao allait enfin ordonner l'abordage lorsqu'un vaisseau à trois ponts (11) et un de 80 s'avancèrent pour prendre le Pluton en poupe. Cosmao sut se tirer promptement de cette position critique. Par une manœuvre habile, il parvint à prendre par la hanche le vaisseau qui le combattait primitivement et à présenter le travers au vaisseau à trois ponts. Il se trouva même bientôt en position d'envoyer dans la poupe du premier quelques volées qui le démâtèrent de son mat d'artimon et de son grand mat de hune, ce qui le força à s'éloigner.
Cosmao dirigea son feu contre le trois-ponts. Sa résistance fut si vigoureuse et ses coups si heureux qu'il se fit abandonner du vaisseau anglais ? Le Pluton continua ensuite de tenir le vent et de parcourir la ligne, se portant où il pouvait dégager ou soutenir quelque vaisseau et faisant tous ses efforts pour se faire suivre de plusieurs d'entre eux qu'il voulait ramener au combat.
Lorsque l'issue du combat ne fut plus douteuse pour Cosmao, il se rallia au pavillon de l'amiral Gravina qui était parvenu à rassembler quatre vaisseaux français et six espagnols et il fit route avec lui pour Rota (12) où les débris d'une si belle armée mouillèrent dans la nuit du 21.
Le lendemain (13), l'amiral Gravina (14) a mis sous ses ordres (15) ceux des bâtiments qui, l'ayant suivi au mouillage, étaient en état d'appareiller. Bien que le Pluton fit trois pieds d'eau (16) et que son équipage fut réduit à moins de trois cents hommes (17), Cosmao, profitant d'un vent favorable, sort avec deux vaisseaux français, deux espagnols, cinq frégates et deux corvettes. Il se porte au large, atteint les anglais et parvient à leur reprendre deux vaisseaux espagnols dont un trois-ponts que montait l'amiral Alava, et un de 80, qu'il fait remorquer par ses frégates jusque dans la rade de Cadix. Quelques vaisseaux français que les Anglais emmenaient à la remorque profitèrent de cette circonstance pour se reprendre.
Decrès (18), dès qu'il apprit le désastre de Trafalgar, s'empressa de féliciter Cosmao sur la belle conduite qu'il avait tenue au combat. « Dites aux capitaines du Neptune et du Pluton – porte sa dépêche du 10 décembre 1805 – qu'il ne m'est point échappé dans le rapport des frégates, qu'ils se sont couverts d'honneur et que j'ai vu qu'alors que la retraite se faisait, ils tenaient encore le vent et faisaient le signal d'imiter leur manœuvre pour retourner au combat, détermination honorable dont l'Empereur appréciera tout le mérite ».
Napoléon ne démentit pas son ministre. Il fit Cosmao contre-amiral. Le gouvernement espagnol, voulant de son côté lui donner un témoignage de sa gratitude, le créa Grand d'Espagne de 1ère classe (19).
Après plusieurs croisières en Méditerranée, de 1806 à 1808, Cosmao, commandant en 1809 une division de cinq vaisseaux et deux frégates, parvint à tromper la vigilance d'une armée anglaise qui bloquait étroitement Toulon et à faire entrer à Barcelone un convoi de cinquante voiles destiné à ravitailler cette place alors aux abois (20).
Il ne cessa d'être employé activement à la mer jusqu'en 1813. À cette époque, l'armée navale aux ordres du vice-amiral Emeriau et dont Cosmao commandait une division sur le Wagram, faisait de fréquentes sorties et elle avait eu avec les Anglais divers engagements partiels, lorsque, le 5 novembre 1813, dans une de ces excursions, une saute de vent exposa subitement plusieurs vaisseaux de l'avant-garde aux feux de l'ennemi. Cosmao laissa alors porter en dépendant et couvrit avec son vaisseau le trois-ponts l'Agamemnon qui courait le danger d'être enveloppé. Il manœuvra ensuite de la même manière à l'égard des frégates la Pénélope et la Melpomène, en prenant position entre elles et les vaisseaux qui menaçaient de la couper.
Chargé, au mois de février 1814, par le vice-amiral Emeriau, de protéger l'entrée à Toulon du vaisseau le Scipion, attendu de Gènes, Cosmao sortit le 12 avec trois vaisseaux et deux frégates. Le lendemain de son départ, cette division se trouvant à la pointe du jour à cinq ou six lieux dans le sud-ouest de Fréjus, eut connaissance de deux frégates auxquelles elle donna la chasse. Elle était à quinze milles dans le un quart sud du cap Bénat, lorsque fut signalée dans le sud une armée navale anglaise commandée par Sir Edward Pellew et forte de quatorze vaisseaux dont sept à trois ponts. Il faisait calme. Cosmao ordonna d'abord les dispositions de combat, mais, quelques moments après, la brise s'étant levée, la division française fit route pour rentrer à Toulon, en passant par les iles d'Hyères.
À midi, elle sortait de ces iles par la petite passe, en ordre de convoi, les vaisseaux et frégates rangés comme suit : le Sceptre , vaisseau amiral, la Médée, la Dryade, le Trident, l' Adrienne et le Romulus. À 30 mètres, le Boyne, vaisseau de tête de la ligne anglaise, ouvrit le feu sur la Médée, la Dryade et le Trident qui ripostèrent avec vigueur jusqu'à ce que, parvenu à passer derrière le Trident, le Boyne put envoyer à la colonne française une bordée de l'arrière vers l'avant, et séparer ainsi l' Adrienne et le Romulus sur lequel il dirigea ensuite exclusivement son feu. Le Romulus soutint vaillamment son attaque et parvint à rallier, sur la rade de Toulon, la division que Cosmao y avait ramenée, bien que l'ennemi lui croise la route.
Cosmao, à qui Napoléon avait conféré en 1810 le titre de baron (21), avec une dotation de 4 000 francs, fut nommé le 10 avril 1815 et sans l'avoir sollicité, à la Préfecture Maritime de Brest (22). Le 2 juin suivant (23), il fut élevé à la dignité de Pair de France. Destitué d'abord au mois de juillet 1815, sans pension de retraite, il ne put en obtenir une qu'à compter du 1er janvier 1817 (24). Il est mort à Brest, le 17 février 1825. Il était Commandant de la Légion d'Honneur (25) et Chevalier de Saint Louis (26). Il a laissé deux filles : l'une a épousé le contre-amiral Bazoche, ancien gouverneur de l'ile Bourbon (27), et l'autre, M. Prétot, directeur des Constructions Navales à Lorient.

Retour haut de page

Notes :

  1. La date exacte de la naissance est le 27 novembre 1761.

    Acte de naissance/baptême de Julien Marie Cosmao (Le baptême est du 29 novembre, la naissance du 27 novembre)
  2. Les Iles sous le Vent désignaient à l'époque les Antilles françaises (actuellement, ce terme désigne plutôt les îles de la Polynésie française).
  3. Dans la baie de Gènes, au sud-ouest de Gènes.
  4. Pluton, fils de Saturne et de Rhéa, époux de Proserpine et frère de Jupiter, Neptune, Junon, Cérès et Vesta, était, dans la mythologie romaine, le dieu des enfers (Hadès dans la mythologie grecque). À ne pas confondre avec la planète Pluton qui fut découverte et baptisée beaucoup plus tard (1930) et qui, du reste, a perdu son statut de planète en 2006. Après Trafalgar, le Pluton resta à Cadix, où, en 1808, il fut pris par les insurgés espagnols puis détruit en 1814 au Ferreol, après avoir été rebaptisé Montañes. Triste fin pour un glorieux navire !
  5. Aujourd'hui, Fort de France. En fait, le rocher du Diamant ne se trouve pas dans la baie de Fort de France, mais à une dizaine de kilomètres au sud, en contournant la pointe dite du Diamant (voir carte ci-dessous et photos avec le récit détaillé de la prise du rocher au § 10.3).


  6. Port situé face à la Corogne, à la pointe nord-ouest de l'Espagne.
  7. Le Cap Finistère constitue le point extrême à l'ouest de l'Espagne, au nord du Portugal, au sud-ouest du Ferrol.
  8. Les Anglais appellent cette bataille : « bataille du Cap Finistère » et les Français : « bataille des Quinze-Vingts » double allusion au nombre des vaisseaux engagés de part et d'autre (quinze anglais et vingt franco-espagnols), et, manière de plaisanterie, aux conditions médiocres de visibilité, faisant penser au célèbre hôpital des Quinze-Vingts à Paris, spécialisé dans le traitement des maladies de la vue. Voir le récit au § 10.3
  9. Le cap Trafalgar (de l'arabe : "Taraf-Al-Ghar" - la Pointe de la Grotte) se trouve sur la côte espagnole, à environ 30 km au sud de la baie de Cadix, à mi-chemin à peu près de Gibraltar. Voir sur la carte ci-dessous l'emplacement de la bataille et au § 10.3 le récit de l'action de Cosmao Kerjulien).

    Carte extraite de l'Histoire du Consulat et de l'Empire d'Auguste Thiers
  10. Il s'agit du vaisseau anglais de 74 canons (et non de 80) : le Mars.
  11. Le trois-ponts en question n'a pas été identifié, il s'agit sans doute du Tonnant, ex-français de 80 canons.
  12. Port en face de Cadix, à l'entrée nord de la baie (voir la carte ci-dessus).
  13. En fait, il ne s'agit pas du lendemain, mais du sur-lendemain, le 23 octobre. Voir le récit au § 10.3
  14. L'amiral espagnol Gravina (1756 - 1806) avait été grièvement blessé au cours de la bataille. Il mourut en mars 1806, des suites de ses blessures. On a prétendu qu'il était le fils illégitime du roi charles III d'Espagne.
  15. Tous les amiraux ayant été mis hors de combat, Cosmao se retrouvait le plus ancien.
  16. Presqu'un mètre.
  17. Sur un effectif nominal de 773.
  18. L'amiral Decrès fut Ministre de la Marine pendant tout le règne de Napoléon.
  19. Voir ci-dessous les observations sur les recherches à ce sujet au § 5.
  20. Quelques temps auparavant, une division aux ordres du contre-amiral Baudin avait fait une tentative pour remplir cette mission et avait échoué lamentablement.
  21. Voir ci-dessous le paragraphe 4 concernant le titre, confirmé en 1816 par Louis XVIII.
  22. La fonction de préfet maritime fut créée, juste après celle de préfet, le 27 avril 1800 (7 floréal an VIII), par le Premier Consul. Ses attributions étaient identiques à celles d'un préfet dans son domaine de responsabilité : la sûreté des ports, la protection des côtes, l'inspection des rades et des batiments qui y sont mouillés. Il exerce en plus le commandement militaire de la zone maritime. Depuis, les attributions ont été précisées et étendues à plusieurs reprises. Sauf pour les ports, sa zone de responsabilité commence à la laisse de basse mer et finit à la "limite des intérêts de l'État". Depuis 1837, c'est obligatoirement un officier général de la marine qui exerce cette fonction. Actuellement, il n'y a plus que trois préfectures maritimes (Toulon, Brest et Cherbourg).
  23. Ce jour-là, Napoléon nomma 110 pairs de France, essentiellement pour récompenser ceux qui s'étaient ralliés à lui à son retour de l'ile d'Elbe.
  24. Il dut batailler pour obtenir cette pension, recueillir les témoignages écrits et le soutien d'amis et de personnalités, venir à Paris plaider sa cause. On ne lui reprochait pas moins que d'avoir approuvé avec enthousiasme l'abdication de Napoléon 1er au profit du Roi de Rome, d'avoir gardé pour lui la dépêche annonçant le retour du Roi Louis XVIII à Paris et la Restauration du Gouvernement Royal, d'avoir tardé ainsi à faire arborer le drapeau royal et la cocarde blanche et d'avoir favorisé des manifestations antiroyalistes chez les marins. La pension lui fut accordée, a minima (4.000 francs par an), à compter du 1er janvier 1817, puis, sur sa réclamation, avec effet rétroactif du 1er janvier 1816, date à laquelle il avait été mis à la retraite d'office, sans pension.
  25. Ce grade correspond maintenant à celui de commandeur.
  26. Ordre royal militaire créé par Louis XIV. Supprimé par la Révolution, il fut rétabli par Louis XVIII en 1814, puis de nouveau supprimé par Louis-Philippe en 1830. Il avait été attribué à Cosmao en 1814.
  27. Aujourd'hui : île de la Réunion. Voir la page concernant Charles Bazoche.

Retour haut de page

2. COMMENTAIRES

La biographie ci-dessus n'est pas complète, notamment sur certaines actions en Méditerranée (Corfou en 1808 et en 1814) et son passage à l'escadre de l'Escaut, sous les ordres du vice-amiral Missiessy, entre 1811 et 1813, à Anvers, où du reste décéderont une de ses filles (Estelle) et, un mois plus tard, le 4 mai 1813, son épouse, Marie Josèphe. C'est sans doute la raison pour laquelle il demandera à revenir à Toulon, fin mai 1813. Il fut également nommé commandant de l'escadre de Méditerranée en 1814, après l'abdication de Napoléon. À ce titre il procéda à l'évacuation de Corfou, avant de rejoindre Brest.
Il faut noter que les historiens considèrent que les seuls succès ou demi-succès remportés par la Marine Impériale, entre 1806 et 1814, sont le ravitaillement de Corfou en 1808, le ravitaillement de Barcelone en 1809, le combat du 13 février 1814. Dans toutes ces actions, Cosmao Kerjulien joua le premier rôle (ou le second dans le cas de Corfou en 1808).

Portrait de Julien Cosmao Kerjulien jeune d'après une lithographie de Maurin au musée de la marine.

Ce qui est remarquable dans cette longue carrière (voir ci-dessous les états de services au § 3), c'est qu'en plus de 22 ans de service à la mer en temps de guerre et 11 combats répertoriés, il ne fut jamais battu en combat individuel, ni prisonnier, ni coulé, ni même blessé, malgré tous les risques qu'il prit.
Il est à noter également que c'était un marin et un manœuvrier hors pair, même dans le cas du Pluton qu'il commandait lors de la campagne de 1805 et à Trafalgar et dont les qualités à la mer étaient plus que médiocres (ce navire, construit pourtant en 1805, donc tout neuf, avait été conçu sur ordre de Napoléon pour pouvoir manœuvrer dans les rivières par peu de fond. Selon l'amiral Villeneuve lui-même : "il porte très mal la voile, dérive beaucoup au plus près, marche passablement vent arrière, mais le fond de son équipage est très bon") et dont il fit malgré tout ce qu'il voulait.
Sa tactique préférée consistait à longer constamment les lignes pour couvrir et protéger les bâtiments exposés et à s'interposer au besoin entre l'ennemi et les navires menacés, sans souci des risques encourus. C'est exactement ce qu'il fit à Trafalgar, au contraire de nombreux vaisseaux qui se laissèrent accabler par l'ennemi, il manœuvra en permanence et infligea de très lourdes pertes à ses adversaires successifs, notamment au vaisseau anglais Mars, qu'il était prêt à prendre à l'abordage, dont le commandant fut tué et qui subit des dégâts considérables dus à l'artillerie du Pluton. Seuls quelques rares vaisseaux de la flotte alliée, comme le Redoutable, se sont trouvés en posture d'abordage au cours de la bataille. Ces manœuvres audacieuses, appliquées à plusieurs reprises au cours de combats auxquels il a participé, ont toujours été couronnées de succès. En fait, il forçait le destin.
Concernant sa carrière, on peut constater qu'il a toujours attendu les promotions, sans les solliciter. C'est ainsi qu'il resta plus de douze ans capitaine de vaisseau avant de passer contre-amiral. Le 15 septembre 1805, avant Trafalgar, l'amiral Villeneuve lui même, dans un courrier adressé à Decrès, écrivait : "… quant aux officiers commandants dans l'escadre, … je mets au 1er rang le capitaine de vaisseau Cosmao commandant le Pluton … Son ancienneté et ses services l'appellent depuis longtemps au grade d'officier général et il a acquis dans cette campagne de nouveaux droits à cet avancement." De plus, outre ses faits d'armes, les fonctions qu'il a occupées une fois amiral, notamment celles de commandant de l'escadre de Méditerranée en 1814 et de Préfet maritime de Brest en 1815, auraient dû lui valoir le grade de vice-amiral, mais il ne fut jamais promu à ce grade. Il était étranger à toute ambition et il n'était pas au nombre des amis du Ministre de la Marine, Decrès, qui n'a toujours favorisé que ses propres amis (Villeneuve par exemple). Après Trafalgar cependant, il se pose des questions, au point d'envisager même de passer au service des Espagnols qui l'appréciaient beaucoup; (Voir lettre du 1er janvier 1806 au § 10.2)
Napoléon lui-même a reconnu bien tardivement (en route pour Sainte-Hélène) les mérites de Cosmao (voir la citation en exergue).
Ce qui n'apparait pas dans la biographie, est l'aspect humain du personnage. Il était très populaire parmi ses subordonnés et ses marins qui l'avaient surnommé « Va-de-bon-cœur », très proche d'eux et très juste dans son commandement. Il obtint même de Decrès, lorsqu'il prit le commandement du Pluton à Toulon, d'emmener avec lui l'équipage du Mont-Blanc qu'il commandait alors. Il possédait par ailleurs un esprit de famille très poussé. Nous possédons de nombreux documents de ses interventions auprès des autorités où il recommande ses frères ou ses neveux.
Après sa mise à la retraite, après une assignation à résidence à Châteaulin, Julien se retira à Brest. Il logeait rue Royale, n° 110 (maintenant rue Louis Pasteur). Il séjournait fréquemment à Saint Pierre Quilbignon (depuis 1945, intégré dans la ville de Brest, à l'ouest de la ville), dans la ferme de Trémillau, qui lui venait de la famille Bayle, ses beaux-parents.
Cosmao Kerjulien avait reçu en héritage le manoir noble de Guénigou (ou Guinigou), près de Briec, datant du XVème siècle, propriété de la famille de sa mère Louise Jacquette Cuzon depuis fort longtemps. Par la suite, il échut à son arrière-petite-fille Gabrielle Bazoche, épouse d'Emmanuel Bès de Berc, qui le vendit en 1875. Le manoir existe toujours de nos jours, mais, en très mauvais état, il a été démoli vers 1900 et reconstruit, en utilisant du reste une partie des pierres de l'ancien manoir.

Le manoir de Guenigou aujourd'hui (photo Dominique Cosmao)

Le nom de Cosmao figure sur l'Arc de Triomphe à Paris, avec les noms de tous les officiers généraux de Napoléon. Il est l'un des 26 amiraux qui y sont cités. Le nom est inscrit, sous l'arche nord, pilier nord-est (à gauche, en regardant l'avenue de Wagram), sur la colonne de noms la plus à l'extérieur, le 4ème à partir du bas (quand on sort du passage souterrain pour piétons, on tombe normalement dessus - voir photo ci-dessous).


Julien Cosmao Kerjulien est enterré au cimetière Saint-Martin, à Brest (voir photo ci-dessous)

Il existe à Châteaulin un quai Amiral Cosmao, une rue Amiral Julien Cosmao, à Quimper, et une rue Cosmao et Prétot, à Brest (pas loin de la rue Cosmao Dumanoir !). La troupe des Scouts de France de Châteaulin a pris le nom de l'amiral Cosmao Kerjulien.
Comme son frère Guillaume Cosmao Dumanoir, Julien Cosmao Kerjulien fut franc-maçon, « frère » à l'Orient de Brest, à la loge de Saint-Jean, sous le signe distinctif de l'Heureuse Rencontre.

Retour haut de page

3. LES ÉTATS DE SERVICES

Le document original de l'état de services datant de 1816 est actuellement en possession de la famille. Son format est trop important pour figurer ici.
Ci-dessous, on trouve la restitution de la première page, le résumé des 11 combats homologués et une partie de la dernière page. On y relève quelques erreurs (dates et calculs).
Les autres pages consistent en des tableaux récapitulant dans le détail les dates, affectations et embarquements, lieux, etc.

•  1 ère page

MARINE ET COLONIES

État des Services de Mr le Baron Cosmao Kerjulien, contre amiral
Né à Châteaulin, Département du Finistère
Le 29 novembre 1761 (*), fils de Mr Jacques Cosmao, Notaire Royal
Et de Delle Louise Jacquette Cuzon.

D ÉSIGNATION DES GRADES OBTENUS
ET DES ÉPOQUES AUXQUELLES ILS ONT ÉTÉ CONFÉRÉS

Volontaire le Premier Juin 1776
Lieutenant de frégate le 15 nov bre 1781
S.Lieutenant de Vau le 2 Avril 1786
Lieutenant de Vau le 14 mai 1792
Capitaine de Vau le 4 Avril 1793
Chef de Division le (3 Messidor an 5) 21 Juin 1797
Capne de Vau de 1 ère Csse le (12 Ventôse an 10) 3 Mars 1802
Contre-amiral le 29 mai 1806

Officier de la Légion d'Honneur à la création
Commandant de la Légion d'Honneur le 9 Avril 1812
Baron en 1810, Dotation de 4000 frs
Préfet Maritime de Brest le 10 Avril 1815
Pair de France le 2 Juin 1815
Exil le 16 Juillet 1815
Pension de retraite du 1er Janvier 1817

Du 16 Juillet 1815 au
1er Janvier 1817, sans solde,
sans pension et …
La Retraite fut fixée à
4000 frs
Décédé le 17 Février 1825 à Brest

* La date de naissance exacte est le 27 novembre 1761.
La forme et les abréviations ont été respectées.

  Les onze combats homologués :

•  Combat sur la frégate l'Oiseau devant Bordeaux pendant deux heures contre une frégate anglaise d'une force très supérieure ;
•  Combat contre un corsaire anglais dans l'ouest de Belle-Ile et qui fut pris après un engagement d'une heure-et-demie ;
•  Combat sur le brick de 20 canons l'Hirondelle, le 19 novembre 1780, pendant trois heures sur la côte de la Guyane française contre deux corsaires, l'un de 14 canons, l'autre de 12, qui furent forcés à la fuite après qu'ils eussent attaqué simultanément ;
•  Combat sur le brick de 20 canons l'Hirondelle, le 4 décembre 1780, pendant une heure contre un fort corsaire qui fut forcé de s'échouer sur la côte, à l'entrée de la rivière de Surinam ;
•  Combat sur le vaisseau le Tonnant (qu'il commandait), le 12 mars 1795 (22 ventôse an 3), pendant trois heures, prise de la frégate anglaise de 40 canons l'Alceste, sous le cap Noli ;
•  Combat sur le vaisseau le Tonnant, le 13 mars 1795 (23 ventôse an 3), pendant deux heures avant d'entrer dans le golfe de Fréjus ;
•  Combat sur le vaisseau le Pluton (qu'il commandait), attaque et prise du rocher le Diamant, à la Martinique , à la tête d'une division ;
•  Combat sur le vaisseau le Pluton, le 21 juillet 1805 (*) (3 Thermidor an 3), devant le cap Finistère ;
•  Combat sur le vaisseau le Pluton, le 21 octobre 1805, devant le cap Trafalgar, pendant quatre heures puis le surlendemain matin
(Ayant pavillon sur le vaisseau l'Annibal, plusieurs croisières en Méditerranée, entre 1806 et 1807 ;
Ayant pavillon sur le vaisseau le Robuste, ravitaillement de la place de Barcelone, en 1809)
•  Ayant pavillon sur le vaisseau le Wagram, le 5 novembre 1813, combat contre une escadre anglaise ;
•  Ayant pavillon sur le vaisseau le Wagram, en février 1814, engagement au large des iles d'Hyères pour protéger l'entrée à Toulon du vaisseau le Scipion en provenance de Gènes.

* La date exacte est le 22 juillet 1805

•  Dernière page :

RÉCAPITULATION

(les mois sont convertis en années entre parenthèses et en italique)

 

Mois

(années)

Jours

Services à la mer

En temps de paix

113
(9 ans
+ 5 mois)

0

En temps de guerre

269
(22 ans
+ 5 mois)

6

Total

382 (*)
(31 ans
+ 10 mois)

6

Services à terre

 

63
(5 ans +
3 mois)

21

Total

445
(37 ans +
1 mois)

27

Le reste de la page comporte les dates et signatures des autorités.

* Comme cela a été rectifié (le chiffre porté sur l'état était de 372, soit une erreur de 10 mois qui se répercutait sur les autres totaux).

Il faut noter que la carrière de Cosmao Kerjulien s'est arrêtée en 1815, alors qu'il n'avait pas 54 ans. On peut observer que :
•  Les premiers grades ont été acquis avant la Révolution, assez rapidement pour un officier « bleu » dont nous dirions aujourd'hui qu'il est sorti du rang, par opposition aux officiers « rouges », issus de la noblesse et entrés en service comme gardes-marine et titulaires de leur grade. Il a eu un avancement très rapide au début de la Révolution qui a dû compenser alors le départ des officiers « rouges » émigrés. Ensuite, il y eut une longue stagnation jusqu'à sa nomination au grade de contre-amiral en 1806. Enfin, aucune promotion par la suite, comme cela a été souligné plus haut, alors que les faits d'armes et les fonctions exercées auraient dû lui valoir d'être promu vice-amiral. Aucun autre amiral n'a obtenu à cette époque les succès qu'il a obtenus ;
•  Il s'agit d'une carrière presque entièrement en mer (presque 32 ans sur 37) et principalement en temps de guerre (70 % du temps d'embarquement).

Retour haut de page

4. LE TITRE DE BARON

Cosmao Kerjulien fut créé Baron en 1810, avec une dotation de 4 000 francs. Ce titre était "gagé" par un titre d'investiture des biens composant cette dotation sur des terres situées au Hanôvre.
Conformément à la règle, le titre ne se transmettant que par primogéniture mâle, Cosmao Kerjulien n'ayant eu que des filles, il est tombé en déshérence.
Nous ne possédons pas le titre de noblesse d'origine de sa création en 1810, mais sa copie (voir ci-dessous).

NAPOLÉON PAR LA GRÂCE DE DIEU

Empereur des Français, Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Confédération Suisse,

Á tous présens et à venir, Salut :

Par l'article trois du premier Statut, du premier mars mil huit cent huit, Nous nous sommes réservé la faculté d'accorder les Titres que nous jugerions convenable à ceux de nos sujets qui se seront distingués par des services rendus à l'État et à Nous. La connaissance que nous avons du zèle et de la fidélité que notre cher et ami le Sieur Cosmao KJulien a manifesté à note service, nous a déterminé à faire usage en sa faveur de cette disposition. Dans cette vue, Nous avons, par notre Décret du quinze août 1810, nommé notre cher et ami le Sieur Cosmao KJulien Baron de notre empire.

En conséquence, en vertu de ce Décret, le dit Sieur Cosmao KJulien s'étant retiré par devant notre Cousin le prince Archichancelier de l'Empire, à l'effet d'obtenir de notre grâce les Lettres patentes qui lui sont nécessaires pour jouir de son Titre, Nous avons, par ces présentes, signées de notre main, conféré et conférons à notre cher et ami le Sieur Julien Marie Cosmao KJulien, Contre amiral officier de la Légion d'Honneur né à Châteaulin Dépt; du Finistère le vingt sept novembre mil sept cent soixante et un le Titre de baron de notre Empire. Ce Titre sera transmissible à sa descendance directe, légitime, naturelle ou adoptive, de mâle , par ordre de primogéniture, après qu'il sera se sera conformé aux dispositions contenues en l'article (?) de notre premier Statut du premier mars mil huit cent huit.

Permettons au dit Sieur Cosmao KJulien de se dire et qualifier Baron de notre Empire dans tous actes et contrats, tant en jugement que dehors; voulons qu'il soit reconnu par tous en ladite qualité, qu'il jouisse des honneurs attachés à ce Titre, après qu'il aura prêté le serment prescrit en l'article trente-sept de notre second Statut, devant celui ou ceux par Nous délégués à cet effet; qu'il puisse porter en tous lieux les armoiries telles qu'elles sont figurées aux présentes : Écartelé au premier d'azur à deux étoiles en barre d'argent, au deuxième des barons tirés de l'armée, au troisième de gueules plein, au quatrième d'azur au vaisseau de ligne soutenu d'une mer, le tout d'argent, à la croix d'or brochant sur les quatre quartiers, pour livrée aux couleurs de l'écu.

Chargeons notre Cousin le Prince Archichancelier de l'Empire, de donner communication des présentes au Sénat, et de les faire transcrire sur ses régistres ; car tel est notre bon plaisir : et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, notre Cousin le Prince Archichancelier de l'Empire y a fait apposer, par nos ordres, notre grand sceau, en présence du Conseil du Sceau des Titres.


Donné à PARIS le seize du mois de Décembre de l'an de grâce mil huit cent dix

Signé Napoléon.

Scellé le vingt Décembre mil huit cent dix
Le Prince Archichancelier de l'Empire
Signé Cambacérès


La plupart des titres de noblesse accordés par l'Empereur Napoléon ont été confirmés par le Roi Louis XVIII. Le parchemin original de cette confirmation, en date du 17 août 1816, concernant Cosmao Kerjulien (K Julien dans le document), avec le sceau royal, est en possession de la famille. À noter que dans le même temps où on lui confirmait son titre de Baron, Cosmao Kerjulien faisait l'objet d'une mesure de disgrâce en le privant de sa pension de retraite (rétablie ensuite a minima).

ARMOIRIES DE COSMAO KERJULIEN

Baron de l'Empire par décret du 15 août 1810

Écartelé au un d'azur à deux étoiles d'argent posées en barre, au deux de gueules à l'épée d'argent posée en pal, au trois de gueules plein*, au quatre d'azur au vaisseau de ligne soutenu d'une mer, le tout d'argent, à la croix d'or brochant sur les quatre quartiers.

(Dessin de Dominique Cosmao)

* Le trois de gueules plein laisse au titulaire le choix de meubler ce vide, c'est pourquoi les armes gravées portent à cet emplacement un lion d'argent armé de griffes et langue lampassé de gueules.

Il existe encore aujourd'hui quelques objets portant les armes gravées, notamment quelques pièces d'argenterie. Il est possible qu'il en existe d'autres, dispersés?

Retour haut de page

5. LE TITRE DE GRAND D'ESPAGNE

Nous ne possédons aucun document officiel authentifiant l'attribution du titre de Grand d'Espagne de 1ère classe qui est mentionné dans toutes les biographies et repris dans de nombreuses publications.
C'est la raison pour laquelle, ont été entreprises des recherches pour retrouver la trace de cette distinction en Espagne même.
Les personnes ou organismes qui ont été contactés sont les suivants :

  • Le général Francisco Agudo Lopez, membre du Comité Directeur de l'Association des Anciens Elèves de l'Héraldique, de la Généalogie et de la Noblesse, à Madrid, qui a indiqué qu'il n'apparait pas de concession dans les Archives du Ministère de la Justice, ni dans les Archives Historiques, ni dans celles du Palais Royal, enfin rien non plus dans celles de la Marine;
  • Le Ministère de la Culture, Bibliothèque Nationale et Archives Historiques Nationales et celles du Palais Royal (confirmation);
  • Le Ministère de la Défense : Archives Générales Militaires de Segovie, Archives Générales de la Marine de Ciudad Real (confirmation).

En l'état actuel des recherches, on peut supposer que, ou bien les démarches nécessaires n'ont pas été faites à l'époque pour transcrire les droits, ou bien ces derniers n'ont pas été concrétisés notamment du fait de l'évolution des rapports franco-espagnols à partir de 1808. On sait aussi que Napoléon n'aimait pas que ses officiers reçoivent des décorations ou titres étrangers et qu'il s'est peut-être opposé à cette faveur espagnole.
En tous cas, cela reste un mystère pour l'instant, car on ne peut soupçonner Cosmao Kerjulien (et ses biographes, contemporains ou non) d'avoir fait état d'un titre auquel il n'aurait pas eu droit.

Retour haut de page

6. LES BATEAUX AYANT PORTÉ LE NOM "COSMAO"

Deux navires de la Marine Française ont porté le nom de "Cosmao". Toutefois, le Répertoire des Navires de Guerre Français (par Jacques Vichot) fait état d'un navire corsaire en 1810, portant le nom de : "Général Cosmao".

Le premier navire est une corvette à hélice mise en chantier, à Lorient, le 26 novembre 1856, et lancée le 10 juin 1861.
Ce bâtiment avait les caractéristiques suivantes :

  • Déplacement : 1.840 tonneaux
  • Machines : 400 chevaux
  • Vitesse : 11,6 nœuds
  • Artillerie : 12 canons

Il prit armement le 18 octobre 1861 et fit route, le 22 juillet 1862, pour l'Indochine où il fit campagne pendant 5 ans. Il revint désarmer à Brest le 20 août 1867. Le "Cosmao" réarma pour essais le 10 juin 1868, fut mis en réserve, le 23 août, et ne reprit armement définitif que le 10 août 1870 pour faire escadre de la mer du Nord. Rentré à Brest en janvier 1871, il fut envoyé à Saint-Nazaire pour escorter un convoi de troupes à destination de Cherbourg. Il repartit de Cherbourg le 31 janvier 1871, pour les mers de Chine et ne rentra en France qu'en février 1874. Il désarma à Brest, le 22 mars, et reprit armement, le 11 juin 1875, pour essais, désarma le 13 juillet et réarma définitivement le 25 octobre 1875, pour une nouvelle campagne dans les mers de Chine. Rentré en France, à la fin de la campagne, le "Cosmao" fut désarmé et rayé des listes de la flotte le 29 juin 1881.

Le deuxième navire est un croiseur de 3ème classe en acier construit à Bordeaux, aux chantiers de la Gironde, et mis à l'eau le 29 août 1889.
Ce bâtiment avait les caractéristiques suivantes :

  • Déplacement : 1.877 tonneaux
  • Machines : 6.000 chevaux
  • Vitesse : 20,6 nœuds
  • Armement : 4 canons de 138 mm (2 de chaque bord en batteries latérales), 9 canons de 45 mm et 4 tubes lance-torpilles

Après avoir effectué ses essais à Rochefort, le "Cosmao" fit route pour Toulon et, en janvier 1892, au moment des troubles du Maroc, fut détaché à Tanger et sur les côtes du Maroc. Revenu en escadre, il fit partie de la division envoyée représenter la Marine française à Gènes. En décembre 1892, il transporta la dépouille mortelle du Cardinal Lavigerie, d'Alger à Carthage où il fut inhumé initialement. En 1893, le "Cosmao" fut envoyé dans le Levant. Rentré à Toulon en 1894, il fut désarmé pour subir la transformation de son artillerie en artillerie à tir rapide. Réarmé la même année, il reprit sa place en escadre et, de nouveau, fut détaché dans le Levant. En septembre 1897, de nouveaux troubles ayant éclaté au Maroc, il retourna montrer le pavillon français devant Tanger (en fait, il effectua quelques bombardements d'artillerie sur les côtes du Maroc*). Il rentra ensuite à Toulon et, le 12 mars 1898, fut mis en réserve dans ce port. Il reprit armement le 1er mai 1899, pour aller servir de stationnaire à Constantinople et fit route, le 20 mai, pour cette destination. Rentré à Toulon, il fut de nouveau désarmé en septembre 1900. Entre 1900 et 1917, il resta désarmé, puis il fut équipé en mouilleur de mines . En 1918, il se trouvait à Tanger, puis à Bordeaux pour réparations. En 1919, il se rendit à Port-Saïd, avant de rentrer à Rochefort où il fut désarmé définitivement, le 1er août 1919, puis utilisé quelques temps comme ponton dans le port de Rochefort.

* « La flamme courte a brillé plusieurs fois au bout des canons du croiseur Cosmao, et le bruit déchirant des obus qui éclataient dans la Kasbah d'Agadir a retenti sur toute la vallée du fleuve Souss. » (Extrait du « Désert » de J. M. G. Le Clézio)

Une image un peu "propagandiste" du croiseur Cosmao

Lors du baptême du croiseur "Cosmao", le Commandant prononça l'ordre du jour suivant (extraits) :
"L'officier général dont notre bâtiment porte le nom est de ceux dont la France entière et la Marine en particulier ont le droit de s'enorgueillir. Toute sa vie n'a été qu'un long exemple des mâles vertus nécessaires à l'homme de mer pour faire toujours et quand même son devoir, sa carrière n'a été que combats, chacune de ses campagnes une campagne de guerre et si après de tels services il n'est pas arrivé aux plus hauts grades, c'est que cette carrière brillante que rien n'aurait du arrêter, s'est trouvée brisée par les événements de 1815 et le licenciement de tous ceux qui avaient servi l'Empereur.
....
A Trafalgar, l'intrépide Cosmao acquit sans conteste son plus beau titre de gloire dans la fatale journée du 21 octobre 1805. Le "Pluton" se multiplie, on le trouve partout, là surtout où le feu est le plus vif, où le danger est le plus grand. Attaqué, entouré par des forces supérieures, Cosmao réussit à leur échapper, combat jusqu'au soir et reste assez manœuvrant pour suivre la Santissima-Trinidad et lorsque l'amiral Gravina, devenu Commandant en chef par suite de la reddition de Villeneuve, ordonne le ralliement général et absolu.
Deux jours après, et ce fait seul devrait suffire à l'immortaliser, le 23 octobre 1805, par un trait d'audace qui montre bien toute la fermeté de son âme, Cosmao encore sous l'impression sinistre d'un très grand désastre, ose reprendre la mer et braver une fois de plus l'escadre anglaise.
Suivi de deux autres vaisseaux français, deux vaisseaux espagnols, cinq frégates et deux bricks, le "Pluton" faisant 3 pieds d'eau à l'heure, avec un équipage réduit à 300 hommes, 9 canons démontés, ne craint pas de se porter à la rencontre de l'ennemi victorieux, lui enlève deux vaisseaux espagnols et provoque sur tous les vaisseaux prisonniers un tel enthousiasme que plusieurs équipages se soulèvent et reconquièrent leur bâtiment.
...
La défaite, hélas, fait s'arrêter sa carrière et tous les titres de gloire qu'il avait acquis en 40 ans de service inoubliables ne le sauvèrent pas de la proscription. Le gouvernement de Louis XVIII le destitua, le laissant sans fortune, sans solde, sans position, et ce ne fut qu'en 1817 qu'une tardive et bien faible compensation lui fut accordée sous la forme d'une maigre pension de retraite.
...
L'équipage trouvera de salutaires exemples dans ce court récit des hauts faits qui ont valu à l'amiral «Va-de-bon-coeur» l'honneur de donner son nom à notre croiseur et sera fier de montrer un bâtiment qui conserve le souvenir d'une pareille gloire nationale et se rappellera, au jour du danger, que jamais l'intrépide Cosmao qui s'est trouvé à plus de vingt combats, n'a amené son pavillon."

Ruban du béret d'un matelot du Cosmao

Retour haut de page

7. LA DESCENDANCE DE COSMAO KERJULIEN

Julien Cosmao Kerjulien épousa, le 8 janvier 1791, à Brest, Marie Josèphe Victoire Bayle (1774 - 1813), fille de Joseph Bayle (aussi appelé Le Bayle), commis aux subsistances de la Marine à Brest, et de Marie Magdeleine Dupré-Carra.
On sait que la famille Bayle était originaire de la région de Grenoble. Marie Josèphe avait un frère : Jean-Pierre Bayle (1778 - 1817), qui était enseigne de vaisseau sur le Scipion à Trafalgar et qui fut fait prisonnier au combat du Cap Ortega (4 novembre 1805) et qui, par la suite, navigua plusieurs fois avec son beau-frère sur différents navires.
On ne connaît pas les causes de la mort de Marie-Josèphe, à l'âge de 38 ans, alors qu'elle avait suivi son mari affecté à l'escadre de l'Escaut, à Anvers. On peut penser que cette mort a un lien avec celle de sa fille Estelle morte un mois avant, à l'âge de 12 ans 1/2. C'est sans doute à sa demande qu'il quitta Anvers, après ces décès, à la fin du mois de mai 1813, pour rejoindre Toulon, après avoir confié ses deux filles à son frère Jean Marie Cosmao Kermenguy, alors à Lorient.
Julien et Marie Josèphe eurent 4 enfants dont seulement deux filles survécurent :

  • 1. - Zélie Marie Félicie Cosmao Kerjulien (1797 - 1873) qui épousa en 1815 Charles Louis Joseph Bazoche (1784 - 1853), contre-amiral, dont sont issus les Cosmao Dumanoir d'aujourd'hui et les Bès de Berc (voir les pages qui sont consacrées à Zélie et à Charles);
  • 2. - Estelle Victorine Cosmao Kerjulien (1800 - 1813), morte à Anvers, un mois avant sa mère;
  • 3. - Louis Joseph Auguste Cosmao Kerjulien, nous ne savons rien de lui;
  • 4. - Elise Marie Victorine Cosmao Kerjulien (1811 - 1899) qui n'avait pas deux ans à la mort de sa mère. Sa sœur et elle furent confiées à Jean Marie Cosmao Kermenguy, leur oncle. À la mort de son père, en 1825, Elise était encore mineure, c'est son cousin germain Prosper Cosmao Dumenez qui lui fut désigné comme tuteur. Elle épousa, en 1827, Hippolythe Louis Edouard Prétot (1797 - 1866), polytechnicien, ingénieur général des constructions navales. Ils eurent deux fils :
    4.1 - Louis Ernest Prétot (1829 - 1907), magistrat, marié, sans descendance;
    4.2 - Henri Armand Prétot (1833 - 1912), commissaire de la marine, célibataire, sans descendance. C'est lui qui légua à la ville de Châteaulin cinq tableaux de Cosmao Kerjulien et de ses faits d'armes. Ils s'y trouvent encore, exposés à l'hôtel de ville (voir § 8 et 10 ci-dessous).

Retour haut de page

8. LES SOUVENIRS DE COSMAO KERJULIEN

Parmi les souvenirs de Julien Cosmao Kerjulien, nous avons:

  • Des objets :
    La plupart des objets ayant appartenu à Cosmao Kerjulien ont été dispersés mais il en existe certainement encore.
    Actuellement, sont identifiés : sa montre en or et deux objets d'argenterie gravés à ses armes (un moutardier et une cuillère à sucre).
  • Des documents :
    Il existe un certain nombre de documents originaux regroupés, et d'autres qui sont dispersés et non localisés.

    Un exemple : lettre de l'amiral Decrès, Ministre de la Marine, à Julien Cosmao Kerjulien.

    Certains de ces documents ont une valeur historique car il ne concernent pas uniquement Cosmao Kerjulien. Ils pourraient, si un accord familial se faisait à ce sujet, être confiés, par exemple au Service Historique de la Marine, à Vincennes.
    D'autres documents ont une valeur plus personnelle et familiale et leur sort pourrait être décidé également : soit conservés en un lieu unique, soit confiés aux archives (à déterminer).
    Parmi ces documents d'intérêt familial, la lettre de Cosmao Kerjulien à son frère Guillaume Cosmao Dumanoir, datée du 1er janvier 1806, est particulièrement émouvante. Cette lettre est présentée dans l'annexe § 10.2 ci-dessous.
  • Des illustrations (tableaux ou gravures) :
    Les illustrations, gravures ou tableaux, concernant Cosmao Kerjulien sont, soit des portaits, soit des scènes relatant ses faits d'armes.
    À une époque où il n'y avait pas de photographie, les gens se faisaient faire leur portait par des artistes. L'avantage des gravures est qu'on pouvait en tirer un grand nombre.

    Concernant ses portraits, ils sont de deux types:
    - soit des tableaux, dont le tableau de la mairie de Châteaulin qui figure ci-dessous en annexe § 10.1 constitue le "prototype". À notre connaissance, en dehors de celui de Châteaulin, il en existe un autre, en possession de la famille Bès de Berc ;
    - soit des gravures (ou lithographies) dont des exemples figurent également ci-dessous en annexe § 10.1, qui représentent soit le haut du buste, soit le buste entier jusqu'à la taille (avec une posture à la Napoléon). Il en existe une version en couleurs. On trouve encore de ces gravures dans les librairies de livres anciens.
    Concernant les illustrations des faits d'armes, certains ont été commandés par le gouvernement, à titre de propagande. Voila ce qu'en dit Michèle Battesti dans son livre "Trafalgar - Les aléas de la stratégie de Napoléon" (voir bibliographie ci-dessous au § 9) : «Poursuivant sa logique de réconciliation nationale, Louis-Philippe décide de rendre hommage aux gloires de la France, avec la création d'un musée à Versailles. Tous les combats navals de la période impériale ou révolutionnaire sont exhumés pour être représentés sur divers supports : peinture, dessin, gravure, lithographie, etc. Plusieurs artistes jouent un rôle majeur dans cette résurgence des "scènes de marine" et de l'intérêt pour les opérations navales du passé comme du présent : … Auguste Mayer (1805 - 1890) *… Ces œuvres vont être vilipendées par les Impressionnistes, et démodées, tomber dans l'oubli. »

    * Auguste Mayer est l'auteur, entre autres, des cinq tableaux de la Mairie de Châteaulin reproduits ci-dessous en annexe § 10.1 et de celui qui appartient au château de Versailles. Ces tableaux ont été légués à sa mort en 1913 à la ville de Châteaulin par Louis Prétot, petit-fils de Cosmao Kerjulien. Célibataire, il n'était pas en excellents termes avec le reste de la famille, ce qui pourrait expliquer son leg. Il ne faut pas le regretter, cela honore la ville de Châteaulin, un des berceaux de la famille, et ils sont ainsi conservés (ils ont même été restaurés en 1990) et accessibles à tous..

    Une des scènes les plus connues est celle de la prise du Rocher du Diamant dont il existe de multiples versions (dans lesquelles la forme du rocher lui-même est très variable et souvent très éloignée de la réalité - voir les photos au § 10.3). Il en existe un tableau appartenant au musée de Versailles (peint par Auguste Mayer et qui figure dans l'inventaire des Galeries historiques du palais de Versailles dressé en 1842). Il se trouverait dans l'appartement d'un des questeurs de l'Assemblée Nationale, comme décoration!
    La collection de Châteaulin constitue un bon échantillon de ce qui existe.
    D'autres tableaux ou gravures existent dans la famille. Les scènes les plus fréquemment reproduites sont :
    - La prise du Rocher du Diamant (31 mai - 2 juin 1805);
    - Le combat de Trafalgar (21 octobre 1805)
    - L'action du 23 octobre 1805 contre les Anglais;
    - Le retour de l'action du 23 octobre dans le port de Rota;
    - L'action du Wagram (5 novembre 1813);
    - Le combat du Robuste (13 février 1814);
    - Le passage de Gibraltar : son dernier embarquement (septembre 1814).

Certaines illustrations sont reproduites ci-dessous dans l'annexe §10.1

Retour haut de page

9. BIBLIOGRAPHIE

Dès lors qu'on parle des marins de la Révolution et de l'Empire et de la bataille de Trafalgar, Julien Cosmao Kerjulien est cité. La plupart des livres ou documents cités ci-dessous, dont la liste n'est pas exhaustive, sont disponibles. Les citations ci-dessous sont reproduites, dans la mesure où elles paraissaient caractéristiques et originales.

Dictionnaires :

On le trouve cité dans les dictionnaires généralistes détaillés (Larousse), mais la plupart du temps, ceux-ci se contentent de reproduire les biographies déjà existantes.
C'est le cas aussi pour le Dictionnaire Napoléon, publié sous la direction de Jean Tulard, qui reproduit lui-même l'article du Dictionnaire des marins français d'Etienne Taillemite (éditions Taillandier).

Biographies :

Les biographies qui sont consacrées à Cosmao Kerjulien sont nombreuses, elles disent un peu toutes la même chose.
Les auteurs ayant publié une biographie de Cosmao Kerjulien sont (liste non exhaustive) :

  • Alphonse de Beauchamps : Biographie moderne (1806) et Vie des grands hommes (1823)
  • Joseph Hennequin : Biographies maritimes ou notices historiques sur la vie et les campagnes des marins célèbres (1835 - 1837) et Vie et campagnes du contre amiral Cosmao Kerjulien (1878)
  • C. Mullié : Biographies des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 (1851)
  • Ferdinand Hoefer : Nouvelle biographie universelle (1852 - 1866)
  • Prosper Levot : Biographie Maritime (1847), Biographie bretonne - celle qui figure en tête de cette page - (1852 - 1857) et Gloires maritimes de la France (1866)
  • Edouard Goepp : Les grands hommes de la France, marins (1875 - 1876) et La France biographique illustrés des marins (1877)
  • Anatole Granges de Surgères : Iconographie bretonne (1888 - 1889)
  • Georges Six : Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français de la Révolution et de l'Empire (1934)

Ouvrages sur les marins de la Révolution et de l'Empire :

L'ouvrage le plus complet qui, en fait, est une histoire de la Marine Impériale, est l'ouvrage d'Auguste Thomazi, Napoléon et ses marins (Berger-Levrault 1951, publié à nouveau sous le titre "Les marins de Napoléon", chez Taillandier en 2004). Il y parle fréquemment de Cosmao Kerjulien. Voici quelques extraits :

  • À propos du combat des Quinze Vingts : "Un troisième espagnol aurait eu le même sort, si l'un des nôtres, le Pluton, n'avait manœuvré avec autant d'adresse que d'audace pour le couvrir. C'est un nouvel exploit de son commandant, le brave Cosmao Kerjulien, qui n'en est plus à les compter. Il a le même âge que Decrès, deux ans de plus que Villeneuve; depuis douze ans, il est capitaine de vaisseau, il s'est distingué sous Martin, sous Dordelin, en dernier lieu à la prise du Diamant; mais, étranger à l'ambition comme à l'intrigue, il se contente d'avoir le vaisseau le mieux entraîné de l'escadre, avec un équipage prêt à se faire tuer pour lui, et qui l'a surnommé : «Va-de-bon-coeur».
  • Lors du combat de Trafalgar : "Le Pluton, commandé par le brave Cosmao a désemparé un vaisseau anglais qu'il allait prendre à l'abordage quand un autre est venu l'en empêcher en l'attaquant à bout portant de l'autre côté."
  • À propos du titre de baron décerné à Cosmao Kerjulien en 1810 : "… à Cosmao (c'est peu pour un Grand d'Espagne de 1ère classe) …".
  • À propos du ravitaillement de Barcelone en 1809 : "En 1809, Cosmao escorte de Toulon à Barcelone un convoi de ravitaillement, et revient sans avoir perdu un navire : cette réussite est célébrée comme une victoire."
  • En 1813, Napoléon écrit à Decrès : "… il ne faut envoyer ou conserver que des hommes sur lesquels on puisse compter, tels que Cosmao et qui aient de l'ascendant et de la réputation sur les gens de mer."
  • À propos de la nomination de trois marins comme Pairs de France (Decrès, Emeriau et Cosmao), en juin 1815 : "Cosmao, dont il dit que : «C'est le meilleur marin de l'époque»."
  • Après le retour de Louis XVIII : "Cosmao, «le meilleur marin de l'époque», est chassé de la Marine sans pension de retraite; ses glorieux services - 25 campagnes, 11 combats sans blessures ni captivité - ne comptent pour rien devant le crime d'être resté fidèle à l'Empereur. Personne n'a été plus brave ni plus généreux; personne ne supporte l'injustice avec plus de dignité : il se retire à la campagne, près de Brest, s'occupe d'élevage et cultive ses fleurs."

Dans l'Histoire des marins français - 1789 -1815 (Éditions Marine - 1998), Hubert Granier consacre un chapitre à Cosmao Kerjulien. Outre le fait que le texte mélange des événements extérieurs avec la biographie, ce qui le rend peu clair, on peut y relever un certain nombre d'inexactitudes.

Dans Marins de France Actions héroïques , l'auteur, Eugène Le Mouël, consacre un chapitre à "Cosmao Kerjulien et le Pluton" :

  • "On a dit de Cosmao qu'il fut l'homme du lendemain plutôt que l'homme du jour. Nous pensons qu'il fut les deux à la fois. Sa conduite pendant la néfaste bataille avait été héroïque, et, comme on vient de le voir, le rôle du Pluton des plus efficaces. Ses matelots avaient bien raison de le surnommer le capitaine « Va-de-bon-cœur », ce brave et modeste marin. Si la chance et l'habileté de sa manœuvre aidèrent son courage, est-ce une raison pour ravaler sa gloire? Lorsqu'on parle de Trafalgar, les noms de Lucas, Infernet et Cosmao reviennent toujours aux lèvres."

Les marins de la République par H. Moulin- Librairie d'éducation de la jeunesse : un chapitre est consacré aux «héros de Trafalgar» : Lucas, Infernet, Cosmao Kerjulien.

Ouvrages sur Trafalgar :

Tous les ouvrages sur Trafalgar parlent bien entendu de Cosmao Kerjulien. Comme, en général, ils relatent la totalité de la campagne de 1805 de l'escadre commandée par Villeneuve, du départ de Toulon fin mars à la bataille du Cap Ortega, début novembre, ils parlent également de la prise du Rocher du Diamant à la Martinique (début juin), du combat des Quinze-Vingts, fin juillet, de Trafalgar (21 octobre) et de l'action du surlendemain au large de Cadix;

  • Trafalgar d' Auguste Thomazi - Payot 1932
    "Au moment où le Mars entrait en ligne, il s'est trouvé près du Pluton qui serrait sur le Fougueux pour remplir le vide laissé par le Monarca. Les deux vaisseaux, de force semblable, se canonnent mutuellement avec la même vigueur ; le Mars éprouve de lourdes pertes, son gréement est abattu, son commandant, le capitaine de vaisseau Duff, est tué ; Cosmao Kerjulien, le brave commandant du Pluton, - que son équipage a surnommé «Va-de-bon-cœur» - vient à la rescousse et manœuvre pour l'achever à l'abordage, quand un autre vaisseau anglais, le Tonnant … l'en empêche en détournant son feu sur lui."
    "Le 23 octobre… le brave Cosmao n'hésite pas. Malgré l'état de son Pluton, qui fait eau et dont la mâture tient à peine, il signale aux bâtiments présents sur la rade d'appareiller et de le suivre … Cosmao fait rentrer sa division, dont l'état ne lui permet pas de risquer une nouvelle affaire. Mais le capitaine «Va-de-bon-cœur» n'a jamais mieux mérité son surnom."
  • Deux batailles navales : Lépante et Trafalgar de Paul Chack - Éditions de France - 1935 (et Trafalgar même récit publié aux Editions de France en 1938).
    "… le commandant Cosmao Kerjulien est brave entre les braves …"
    Un chapitre intitulé : "Les trophées perdus - Cosmao à la rescousse" relate l'action du 23 octobre.
  • Trafalgar : Le Waterloo naval de Napoléon de René Maine - Hachette - 1955
  • Ulm, Trafalgar, Austerlitz de Jean Thiry - Berger-Levrault - 1962
  • Trafalgar : The Nelson touch (en anglais) de David Howarth - Collins - 1969. Il existe bien sûr beaucoup d'ouvrages britanniques sur le sujet.
    Concernant l'action du 23 octobre 1805 : " L'expédition fut conduite et inspirée par le capitaine de vaisseau Cosmao du Pluton, qui avait pris une part très active au combat : le reste de ses navires étaient ceux qui s'étaient peu engagés ou n'avait pas été exposés au cours du combat, les français Neptune et Héros et les espagnols San Justo, Rayo et San Francisco de Asis. D'une certaine manière, ce raid à l'approche de la tempête était une tentative courageuse et les Britanniques l'ont appréciée à sa juste valeur. Mais elle n'eut aucun résultat probant …"

Deux livres ont été publiés à l'occasion du bicentenaire de la bataille de Trafalgar. Ils sont fort intéressants et présentent l'affaire d'une façon moderne, très bien argumentée et fort documentée :

  • Trafalgar : Les aléas de la stratégie navale de Napoléon de Michèle Battesti - Éditions Napoléon 1er - 2004
    Concernant la prise du Diamant : "Trois jours sont nécessaires pour exécuter cette opération mineure. La propagande en fera son miel. Des gravures et autres lithographies célébreront à l'envi ce fait d'armes mineur, le seul succès de la campagne de Villeneuve aux Antilles."
    Concernant la sortie du 23 octobre 1805 : "Cette sortie n'en vaut pas moins à Cosmao d'être nommé Grand d'Espagne. Elle constitue un défi audacieux pour sauver ce qui peut l'être du désastre et, …elle est révélatrice de la hargne et de la frustration qu'éprouvent les marins français refusant la défaite."
    Concernant les récompenses à l'issue de la bataille : "Un seul des onze commandants survivants à Trafalgar bénéficie d'un avancement : Cosmao, promu contre-amiral, le 29 mai 1806. Ses exploits lui ont déjà valu d'être nommé Grand d'Espagne de 1ère classe. Mais alors que Cosmao a le même âge que Decrès, qu'il a été nommé capitaine de vaisseau comme lui en 1793, cet ancien officier bleu a dû attendre treize ans pour être promu contre-amiral. Au moment du départ de l'escadre de Toulon, le 30 mars 1805, Lauriston avait signalé son désappointement : «Cosmao est atterré, c'est un excellent officier au rapport de tous. » Mais Decrès ne l'aimait pas et jugeait sa renommée surfaite."
    À propos du Conseil de guerre réuni en 1810 pour juger de la conduite de contre-amiral Dumanoir (ne pas confondre avec Cosmao Dumanoir !) lors de la bataille de Trafalgar (et du Cap Ortega par la suite), et dont faisait partie Cosmao Kerjulien - seul membre de ce conseil à avoir participé à la bataille - et qui acquitta Dumanoir, à la surprise générale : l'auteur raconte que Napoléon, sur le Northumberland qui l'emmenait à Sainte Hélène, "rapporte que Cosmao aurait brisé son épée lorsqu'on aurait rendu la sienne à Dumanoir." - "Mythe ou réalité? Une réaction aussi vive de Cosmao est surprenante dans la mesure où il était membre dudit conseil qui avait prononcé l'acquittement, à moins qu'elle ne traduise de graves dissensions en son sein ou que celles-ci n'aient pu s'exprimer, les délibérations ayant lieu en public." (voir également ci-dessous le commentaire de Napoléon)
    À propos de l'inscription sur l'Arc de Triomphe : "Trois combattants de Trafalgar figurent dans la sélection. Deux font l'unanimité : Magon, mort à son poste de commandement, et Cosmao. Mais le troisième est surprenant …Villeneuve. "
  • Trafalgar de Rémi Monaque - Taillandier - 2005 :
    Concernant la prise du rocher du Diamant : "Cette petite opération qui a duré trois jours, a rendu service à la Martinique en privant l'ennemi d'un poste d'observation d'où il pouvait intercepter toute la navigation française de cette colonie. Elle a eu le mérite de fournir à l'escadre combinée l'occasion de sortir de son inaction et d'obtenir un succès, limité certes, mais bien réel. Dans cette affaire, Cosmao a montré beaucoup de savoir-faire et de détermination."
    Concernant le Pluton : "Le Pluton est un vaisseau médiocre qui marche bien vent arrière mais dérive beaucoup au plus près. Ses fers sont de très mauvaise qualité (boucles et crocs pour les canons, cercles de boute-dehors). Cosmao, qui est son excellent commandant, s'efforce de porter remède aux défauts de son navire. Il multiplie en vain les mouvements de lest pour améliorer la stabilité du navire et sa marche au plus près."
    Dans le récit de la bataille de Trafalgar et des combats de l'arrière-garde, l'auteur consacre un paragraphe à "L'action du Pluton"
    «Mais quel est ce vaisseau, l'honneur de notre armée?
    Il se couvre de feu, s'entoure de fumée !
    C'est bien là le Pluton ! Ô vaillant Cosmao !
    Comme un autre Jean Bart tu conduis ton vaisseau»

    (extrait de J.-M. Chanard dans "Trafalgar, poème en neuf chants suivi d'un hommage à la marine ainsi qu'à l'armée de terre" Toulon 1847)
    "Le Pluton est placé derrière le Monarca. Son commandant, le capitaine de vaisseau Cosmao, est né à Châteaulin (Finistère) en 1761; il est entré dans la marine comme volontaire et a terminé la guerre d'Indépendance américaine comme officier auxiliaire. Sous-lieutenant de vaisseau depuis 1786, il fait partie des cadres permanents de la marine royale lorsqu'éclate la Révolution. Son avancement est alors très rapide. Capitaine de vaisseau dès 1793, il commande depuis lors à la mer. Son expérience est grande et il jouit d'une réputation flatteuse dans la marine française. Lorsqu'il a pris le commandement du Pluton, sept mois plus tôt, il a obtenu du ministre l'autorisation d'y embarquer son ancien équipage du Mont-Blanc. Il a donc sous ses ordres des officiers et des hommes qu'il connaît depuis plusieurs années. Il a su faire de ce vaisseau, tout neuf, mais assez peu réussi, un outil de combat remarquable qui s'est déjà illustré à la prise du Diamant et lors de la journée des Quinze-Vingt.
    Au début de l'action, Cosmao indique à l'amiral Magon, qui le suit à bord de l'Algésiras, son intention de s'opposer par tous les moyens à un franchissement de la ligne devant lui. Constatant que le Monarca est en panne, il serre le vent pour s'opposer à la tentative du Mars, troisième vaisseau de Collingwood, de s'infiltrer dans le dispositif allié et le combat de très près et avec avantage pendant une demi-heure. L'arrivée d'un trois-ponts britannique qui menace son arrière le contraint à renoncer à l'abordage qu'il s'apprêtait à tenter. Serrant toujours le vent, le Pluton combat d'autres adversaires jusqu'à 16 heures 45, puis exécute à 17 heures 30 le signal de ralliement général et absolu hissé à bord du Principe de Asturias de Gravina. Cosmao donne fort peu de détails dans son rapport. Il décrit cependant l'état de son vaisseau à la fin du combat : «Ma 2ème batterie était complètement encombrée d'éclats, neuf pièces démontées, plusieurs avaient leurs bragues coupées et j'avais fait descendre pour débarrasser la batterie le peu d'hommes qui me restaient sur la dunette et les gaillards. Le vaisseau faisait deux pieds et demi d'eau bâbord armures et ne pouvait étancher sur l'autre bord, le gréement et la voilure ne tenant plus; j'avais enfin 280 hommes, tant tués que blessés». Cosmao vient de montrer une fois de plus des qualités de manœuvrier hors de pair. Il a conduit son vaisseau pendant plusieurs heures au cœur du combat sans éprouver d'avaries majeures et va donner bientôt de nouvelles preuves de sa valeur."
    Concernant les récompenses à l'issue de la bataille : "Des trois héros français incontestés de Trafalgar, Lucas, Infernet et Cosmao, seul le dernier poursuivra une carrière brillante, digne de sa conduite héroïque."
    Concernant les noms de navires donnés par la suite : "À la fin du XIXème siècle, les noms de Magon, de Lucas, d'Infernet ou de Cosmao furent donnés à des batiments de guerre."

    On peut également citer Nelson contre Napoléon d'Anne Pons - Perrin - 2005.
    À propos du Rocher du Diamant : "L'exploit auquel avait renoncé Missiessy, le capitaine de vaisseau Cosmao Kerjulien, surnommé «Va-de-bon-cœur», l'accomplit, et le rocher, réputé imprenable, tombe aux mains des soldats français."

Ouvrages sur la Marine française :

Il existe de nombreuses histoires de la Marine française, soit générales, soit pour la période de la Révolution et de l'empire. Nous citerons :

  • Victoires, conquêtes …des Français de 1792 à 1815, ouvrage collectif - Panckoucke - 1819
    Contient notamment une description détaillée de la prise du Diamant : "On doit placer la prise du Diamant au rang des plus beaux faits d'armes qui aient signalé la bravoure française".
  • Précis des évênements militaires ou essais historiques sur les campagnes de 1799 à 1814 - Campagne de 1805 du Comte M. Dumas - Treuttel et Würtz - 1822
    L'auteur, dans un chapitre intitulé "Valeur et habileté du capitaine Cosmao", reprend le récit de l'action de Cosmao Kerjulien au cours de la bataille et de la journée du 23 octobre;
  • Histoire du Consulat et de l'Empire, d'Auguste Thiers - Paulin - 1847
    À propos du 23 octobre 1805 : "Le brave commandant du Pluton, le capitaine Cosmao, à cet aspect, ne put contenir le zèle dont il était animé. Son vaisseau était criblé, son équipage réduit de moitié, mais aucune de ces raisons ne put l'arrêter. Il emprunta quelques matelots à la frégate l'Hermine, il rapiéça son gréement à la hâte, et, usant du commandement qui lui appartenait, car tous les amiraux et contre-amiraux étaient morts, blessés ou prisonniers, il fit signal d'appareiller aux vaisseaux qui étaient encore capables de tenir la mer, afin d'aller arracher à la flotte de Collingwood les Français qu'elle traînait à sa suite. … Malgré le mauvais temps, ces dix bâtiments s'approchèrent de la flotte anglaise. Collingwood, les prenant pour autant de vaisseaux de ligne, fit avancer ses dix vaisseaux les moins avariés. … Enfin, l'amiral anglais revint à Gibraltar, n'emmenant que quatre de ses prises sur dix-sept, dont une Française, le Swiftsure, et trois espagnols. Encore fallut-il couler à fond le Swiftsure."
  • Histoire de la Marine française sous le Consulat et l' Empire d'E. Chevalier - Hachette - 1866
    L'auteur confond à plusieurs reprises le nom de Cosmao Dumanoir avec celui de Cosmao Kerjulien !. En fait, c'est toujours de Cosmao Kerjulien qu'il veut parler.
  • Guerres Maritimes sous la République et l'Empire d'E. Jurien de la Gravière - Charpentier - 1860
    Récit très détaillé et bien documenté de toutes les opérations de la campagne de 1805.
    Concernant l'action du 23 octobre : "Le 23 octobre, par un trait d'audace qui montre bien toute la fermeté de son âme, le capitaine Cosmao, sous l'impression sinistre d'un si grand désastre, osa reprendre la mer et braver encore une fois l'escadre anglaise."
  • Les marins français depuis les Gaulois jusqu'à nos jours de Dick de Lonlay - Garnier Frères 1888
    L'auteur parle de Trafalgar et de l'action du 23 octobre : "L'intrépide Cosmao Kerjulien" et de l'opération du 13 février 1814, au large d'Hyères où il fit preuve d'"autant d'habileté que de bravoure".
  • Manuel d'histoire maritime de la France des origines à 1815 de J. Tramond - Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales - 1927
  • Histoire de la Marine française de R. Jouan - Payot - 1950 (réédition de 1932)
    Lors du combat de Trafalgar : "Le Pluton s'était vu engager par le Mars, il avait durement traité son adversaire mais avait dû l'abandonner devant une nouvelle menace. Épuisé par de lourdes pertes, luttant contre de graves avaries, il ne participa plus au combat. il devait échapper au sort de tant de ses camarades, après avoir démontré que, bord à bord, un navire français valait un navire anglais."
    Concernant l'action du 23 octobre : "Avec une énergie qu'on ne saurait trop admirer, le capitaine de vaisseau Cosmao Kerjulien quitta la rade de Cadix avec cinq vaisseaux et reprit deux de leurs trophées aux Anglais. Deux autres furent reconquis par leurs propres équipages. Les vainqueurs, échappés à grand'peine à la tourmente, ne ramenèrent à Gibraltar que quatre coques dont une seule était encore susceptible d'être incorporée dans leurs rangs. "
  • Histoire de la Marine française de C. Farrère - Flammarion - 1962 (réédition de 1934)
    À propos de Trafalgar : "L'un des cinq français est le Pluton, qui s'est bien battu, et que commande un homme de grand cœur : Cosmao. On reparlera du Pluton, avant que quarante heures aient passé."
    Plus loin : "Et Cosmao, à bord de son Pluton, osera ressortir avec cinq vaisseaux, et, courant droit à l'ennemi, reprendra aux Anglais la Santa Anna et le Neptuno. Alors, inquiet, Collingwood prendra le parti suprême, et convaincu de ne pouvoir rien conserver de ces dix-sept vaisseaux qu'il a pris, qu'il a si bien pris, il incendie l'Intrépide, le San Agustino, la Santissima Trinidad … Pas un trophée de Trafalgar ne devait arriver dans un port d'Angleterre, jamais…" . (Cette page est illustrée par la reproduction d'une gravure représentant le combat du Pluton au cours de cette action, dont il existe un exemplaire dans la famille - il y a également, quelques pages avant, une reproduction de la prise du Diamant)
  • Histoire de la Marine Française de l'écrivain britannique H. E. Jenkins - Albin Michel - 1977
    Ouvrage remarquable, fort intéressant, bien documenté et très impartial.
    "… Cosmao Kerjulien qui devint trop tard amiral pour prouver ses capacités de chef d'escadre en plus de la vigueur et du courage dont il avait déjà témoigné,…"
  • Les guerres navales françaises du Moyen Âge à la guerre du Golfe de Maurice Dupont et Etienne Taillemite - SPM - 1994
    Sorte de répertoire des batailles navales dont un chapitre sur Trafalgar.
  • La Royale de Jean Randier - Editions Babouji Maîtres du Vent - 2006 (Réédition de 1997 - 1998)
    Histoire illustrée de la Marine nationale française comportant un chapitre détaillé sur Trafalgar et une petite notice biographique sur Cosmao Kerjulien.

Ouvrages divers :

  • Campagnes, revers, désastres et guerres civiles des Français de F. Ladamir et E. Moreau - Librairie populaire des villes et des campagnes - 1856
    Le tome Cinq notamment rend compte de façon résumée de la campagne maritime de 1805, ainsi notamment, la prise du Diamant et l'action de Cosmao à Trafalgar qui sont racontées plus en détail : "Le capitaine Cosmao, commandant le Pluton, manœuvra constamment pour empêcher la ligne d'être coupée ... etc."
  • Correspondance de Napoléon 1er :
    14 août 1805 au vice-amiral Decrès : "Les contre-amiraux que j'ai faits sont Emeriau, Savary, etc., hommes qui ne peuvent me rendre de grands services; il me faudrait des hommes d'un mérite supérieur. Je ne sais pas ce que c'est que ce Cosmao, capitaine du Pluton. Ne sera-t-il donc pas possible de trouver dans la marine un homme entreprenant qui voie de sang-froid, et comme il faut voir, soit dans le combat, soit dans les différentes combinaisons des escadres ? "
    14 février 1806 au vice-amiral Decrès : "J'ai l'honneur, Monsieur, d'annoncer à Votre Excellence que l'Empereur n'a point encore signé le projet de décret que vous aviez présenté pour élever le capitaine Cosmao au grade de contre-amiral. Sa Majesté désire que cet officier sorte avec un ou deux vaisseaux de Cadix, et que, dans le cas où cela ne serait pas possible, il aille prendre à Lorient le commandement du Courageux. On lui ferait avec ce vaisseau, une division avec laquelle il mettrait à la mer, et à son retour, il serait nommé contre-amiral. Sa Majesté considère le capitaine Cosmao comme un officier d'un grand mérite, et c'est pour cela qu'elle pense que cet officier mérite de n'être avancé qu'après une croisière périlleuse. "
    (Ce projet n'a pas eu de suite.)
    31 mai 1806 au vice-amiral Decrès : "Les circonstances du mauvais air et la saison me portent à ne faire l'expédition de Sardaigne, que j'ai projetée, qu'à la fin de septembre.…Mon intention est d'en confier le commandement au contre-amiral Cosmao." (Ce projet n'a pas eu de suite.)
  • 1814 - 1817 L'épuration dans la Marine de Bernard Lutun - Edition L'Harmattan - 2005
    Ouvrage qui relate dans le détail ce qui fut reproché à Cosmao Kerjulien lors de la seconde restauration et les difficultés qu'il eut à se faire attribuer une pension.
  • Dans Les Royalistes contre l'armée de E. Bonnal - Librairie militaire - 1896
    Ouvrage très polémique contre la Restauration, dans le chapitre "Denis de justice contre sept amiraux", il est écrit : "Préfet maritime du port de Brest, l'amiral Cosmao fut exclu le 27 [juillet 1815] de sa charge et le général Brenier … le remplaça. Marins et ouvriers des arsenaux se révoltèrent contre cette iniquité, dernière protestation d'honneur."
  • Dans les Mémoires et correspondance politique et militaire du Roi Joseph - Perrotin - 1851
    On y trouve une relation détaillée des opérations de février - mars 1808, en direction de Corfou, où Cosmao Kerjulien commandait une division sous les ordres du vice-amiral Ganteaume. Les instructions données par celui-ci (dont nous possédons un exemplaire original) étaient tellement imprécises et ambiguës que Cosmao Kerjulien s'attira les foudres de Napoléon, mal informé, pour avoir manqué d'initiative. Joseph le défendit : "Les contre-amiraux Cosmao et Allemand, au lieu d'avoir des instructions précises, ne connaissaient que très imparfaitement le but qu'on se proposait ; de là, cette grande retenue que montra le premier, une fois séparé de son chef, à s'aventurer sans ordres positifs."
    Plus loin : "Napoléon eût dû s'attribuer le succès incomplet de l'expédition : il aima mieux s'en prendre au contre-amiral Cosmao, qu'il accusa de faiblesse et d'imbécillité. Cosmao était un marin brave et plein d'énergie ; il ne méritait pas les dures invectives dont l'Empereur l'accabla dans ses lettres à son frère, lettres, du reste, toutes confidentielles, et qui n'étaient pas destinées à être lues par d'autres que par Joseph ; ce qui, après tout, ne l'empêcha pas d'employer ce contre-amiral, et de lui rendre ainsi, de fait, la justice qu'il méritait."
  • Mémoires de Robert Guillemard - Delaforest - 1826
    Cet ouvrage à succès, censé être les mémoires du sergent Guillemard, auteur, entre autres aventures, du coup de feu qui aurait tué Nelson à Trafalgar, s'est révélé être une supercherie, le dit personnage et ses prétendues prouesses ayant été complètement inventés. Il y est cependant écrit, au sujet de Cosmao Kerjulien : "C'était, dans la marine française, le général que les Anglais redoutaient le plus. L'aménité de ses manières et l'éducation la plus soignée semblaient donner en sa personne un démenti formel à ceux qui prétendent que la brusquerie et l'impatience caractérisent nécessairement le marin." (Qu'y a-t-il de vrai dans ce portrait, tout au moins dans la seconde partie de la citation ?).
  • Les grandes batailles navales de Laurent Joffrin - Seuil - 2005
    Dans le chapitre consacré à Trafalgar : "À bord du Pluton, la résistance est féroce. Voyant le Mars foncer sur la ligne, le capitaine Cosmao Kerjulien, surnommé «Va-de Bon-Cœur», lui assène une bordée. Les trois mâts du Mars tombent dans un fracas de haubans rompus et de bois écrasé. Le capitaine anglais Duff est tué sur le coup. «Va-de Bon-Cœur» s'apprête à prendre son opposant à l'abordage quand il voit le Tonnant qui tente de couper la ligne sur son arrière."
  • His majesty's sloop-of-war Diamond Rock (Le sloop de guerre de sa Majesté Rocher du Diamant) de Vivian Stuart et George T. Eggleston - Robert Hale Londres - 1978
    Ce livre, en anglais, fait l'historique du rocher du Diamant auquel fut conféré le statut de navire de la Marine Royale britannique en 1804. Le livre est très complet et déborde le sujet de la fortification du rocher et de sa conquête par les Français, en relatant la bataille de Trafalgar. À ce sujet, il dit : "Le capitaine de vaisseau Julien Cosmao - l'officier responsable de la prise du rocher du Diamant - déploya également habileté et courage à Trafalgar. Il était généralement considéré comme un des plus capables des commandants alliés et son Pluton de 74 canons fut engagé fortement au centre de la ligne, notamment avec les Belleisle et Mars britanniques, perdant 64 tués et 132 blessés."
    Concernant l'action du 23 octobre : "Cosmao décida de tenter audacieusement de reprendre les prises.
    Le 23 octobre, il sortit du port aidé d'une brise du sud, avec trois vaisseaux français et deux espagnols - Pluton, Indomptable, Neptune, Rayo et San Fransisco de Assis - quatre frégates et le brick Argus.
    Le geste de défit du capitaine français était courageux mais, malgré tous ses efforts, il n'obtint qu'un faible succès. Il reprit le Santa Anna, avec à bord l'amiral Alava blessé, et reprit brièvement possession de l'espagnol Neptuno, mais celui-ci fut drossé à la côte et coula au large de Rota et un sort similaire advint à l'Indomptable. … Le San Fransisco de Assis s'échoua plus tard au large de Cadix, et le Rayo, incapable de rentrer au port fut capturé par le Donegal puis sombra dans la tempête."
  • "Napoléon à bord du Northumberland" - témoignages réunis par Henry Borjane - Plon - 1936 :
    Commentaires sur le Conseil de guerre devant lequel Napoléon (Bonaparte) avait fait traduire le contre-amiral Dumanoir : «à la lecture du jugement, l'amiral Cosmao, membre du Conseil, qu'il tient pour le meilleur officier de marine de notre époque, à qui il a récemment conféré la pairie, avait brisé son épée quand on avait rendu la sienne à Dumanoir. Bonaparte paraissait faire grand cas de ce geste.» (La tradition familiale confirme ce geste, dont on ne sait s'il a effectivement eu lieu - voir ci-dessus les commentaires de Michelle Battesti dans son ouvrage "Trafalgar …").
  • "Ils ont fait l'histoire eux aussi ..." - de Marie Krebs-Chamming's - 2 tomes publiés en 1991 :
    Cet ouvrage a été écrit par une descendante de Bonaventure Thirot et Césarine Cosmao Dumanoir (sœur de Louis-Aimé). Elle y raconte, à l'usage essentiellement de la famille, avec beaucoup d'enthousiasme et d'imagination, les histoires (réelles ou supposées) de personnages de sa famille. Dans le tome 1, notamment, elle parle beaucoup de la famille Cosmao, de Cosmao Kerjulien, de Louis-Aimé Cosmao Dumanoir et de son ami Bonaventure Thirot (tous deux étaient enseignes sur le Pluton). La fameuse lettre du 1er janvier 1806 y est commentée (voir ci-dessous au § 10.2). Malheureusement, il y a quelques erreurs dans ces récits, mineures au demeurant.
  • "Précis historique sur la vie et les campagnes du vice-amiral Martin" - par le Comte Pouget - Arthus Bertrand - Paris 1873 :
    À l'occasion de Trafalgar, l'auteur rapporte les propos de Julien Cosmao Kerjulien ainsi : « Si nous avions eu l'amiral Martin pour nous commander, nous n'eussions pas eu à soutenir ce combat, ou, si nous l'avions livré, bien certainement nous aurions remporté la victoire ! »
    Ensuite : " Nous tenons aussi de cet officier général, dont le nom nous rappelle une des gloires les plus pures de notre marine, que, après la mort de Latouche-Tréville, une pétition signée par les officiers généraux, les chefs de division et les capitaines fut adressée à l'empereur pour demander l'amiral Martin pour commandant en chef. cette démarche, qui s'ébruita parmi les équipages, fut reçue avec enthousiasme. « Malheureusement pour notre pauvre marine, dit l'amiral Cosmao, la pétition fut arrêtée avant de parvenir à l'empereur»". (Ce fut Vileneuve qui fut désigné à l'instigation de Decrès)
  • "Mor Bihan" - par Stéphane Faye publié en 1932 par La Renaissance du Livre
    Dans un chapitre sur Trafalgar : "L'habile et intrépide commandant du Pluton, le Finistérien Cosmao Kerjulien, Cosmao qui a soutenu dix ans plus tôt un combat inouï contre une flotte de douze anglais, Cosmao, qui , il y a moins de six mois, a écrasé en deux jours une garnison anglaise dans l'îlot du Diamant, Cosmao semble pourvu du don d'ubiquité. Chaque adversaire qui prétend couper la ligne le trouve en travers de son passage; il menace l'un d'abordage, brûle la politesse à deux autres qui avaient cru le prendre en poupe, semble se jouer quand il tire ses alertes volées, parvient toujours à tenir merveilleusement le vent, se porte partout où il y a un danger à courir et un compagnon à dégager."
    Plus loin : " Le 23 octobre, le Finistérien Cosmao, invincible et invaincu, arbore sur le Pluton le guidon de commandement, et, suivi de deux vaisseaux français, de deux espagnols, de cinq frégates et de deux corvettes, gagne la haute mer, bien que son bâtiment fasse trois pieds d'eau à l'heure, que l'équipage ne compte plus que quatre cents hommes, et que neuf de ses canons soient démontés. Il contraint l'ennemi à abandonner le Neptuno et la Santa Anna; quelques uns de nos vaisseaux se libèrent eux-mêmes. C'est un démon que ce Cosmao. Collingwood qui le redoute, brûle ou coule quatre de ses prises. L'esprit survit à la défaite."

Retour haut de page

10. ANNEXES

10.1 - Les illustrations

Tableau de la Ville de Châteaulin
Portrait de Julien Marie Cosmao Kerjulien (peinture d'Auguste Mayer)

Portrait de Julien- Marie Cosmao Kerjulien (2)
Un des exemples de gravures (lithographie de Furh)

Tableau de la Ville de Châteaulin (1)
La prise du Rocher du Diamant (du 31 mai au 2 juin 1805) (peinture d'Auguste Mayer)

Tableau de la Ville de Châteaulin (1)
La bataille de Trafalgar (21 octobre 1805) (peinture d'Auguste Mayer)
Le Pluton est au centre

Tableau de la Ville de Châteaulin (1)
Le retour à Rota après l'action (du 23 octobre 1805) (peinture d'Auguste Mayer)
Le Pluton est à droite

Tableau de la Ville de Châteaulin (1)
La manœuvre du Wagram (5 novembre 1813) (peinture d'Auguste Mayer)
Le Wagram, portant le pavillon du contre-amiral Cosmao Kerjulien, est au centre

Portrait de Julien- Marie Cosmao Kerjulien (2)
Un des exemples de gravures (lithographie de Maurin)

La prise du Rocher du Diamant (31 mai au 2 juin 1805) (1) (2)
Gravure de Chavanne (d'après l'original d'A. Meyer)

La prise du Rocher du Diamant (31 mai au 2 juin 1805) (1) (2)
Gravure (lithographie) de Cosne Fils

L'action du 23 octobre 1805 (1) (2)
Lithographie teintée, gravure de Delaplante et Jean-Baptiste Durand-Breger (d'après un original de ce dernier)

Le combat du Romulus 13 février 1814 (1) (2)
Gravure de Gilbert Pinx

Le passage de Gibraltar 14 septembre 1814 (1) (2)
Gravure de Guezennec, enseigne de vaisseau

(1) Voir ci-dessous au § 10.3 les récits de ces faits d'armes ou anecdotes.
(2) Ces gravures sont dans la famille Cosmao Dumanoir. D'autres tableaux ou gravures existent et seront introduites au fur et à mesure que les photographies auront été faites.

Retour haut de page

10.2 - La lettre du 1 er janvier 1806 de Julien Cosmao Kerjulien à son frère Guillaume Cosmao Dumanoir

Cette lettre est l'un des seuls documents manuscrits que possèdent les descendants de Julien Cosmao Kerjulien. En effet, il semble que, la plupart du temps, il n'écrivait pas lui-même, se contentant de signer les lettres écrites par un secrétaire.
Cette lettre est rédigée à Cadix, où les rescapés de Trafalgar se sont retrouvés après la bataille, en train de panser leurs plaies et de ruminer leur défaite.
Elle présente un très grand intérêt à plusieurs points de vue.
Tout d'abord, sur la forme, nous voyons que Julien a une écriture très médiocre, un français approximatif et qu'il fait beaucoup de fautes d'orthographe. Cela était le cas de la plupart de ses confrères. Il ne faut pas oublier qu'il n'avait qu'un goût très modéré pour les études et que, de toutes façons, il les avait arrêtées à 15 ans.
Autrement, nous le voyons très soucieux des membres de sa famille présents à la bataille, notamment de son neveu Louis Aimé Cosmao Dumanoir (fils de Guillaume) pour lequel il éprouve une réelle affection et dont il loue la conduite et prédit qu'il sera un grand marin.
On a l'habitude de considérer dans la famille que Trafalgar est en quelque sorte « une affaire de famille ». En effet, ils sont nombreux de la famille (ou qui en feront partie plus tard) à y participer  :

•  Julien Cosmao Kerjulien, commandant le Pluton ;
•  Louis Aimé Cosmao Dumanoir (appelé « Aimé » par Julien), fils de Guillaume, enseigne de vaisseau auxiliaire sur le Pluton ;
•  Bonaventure Thirot, également enseigne sur le Pluton, futur époux de Césarine Cosmao Dumanoir, sœur de Louis Aimé ;
•  Jean Pierre Bayle (appelé « le Bayle » par Julien), frère de Marie Josèphe son épouse, donc beau-frère de Julien, enseigne sur le Scipion, qui sera fait prisonnier au combat du Cap Ortega, début novembre 1805 ;
•  L'un des Le Golias (appelé « Goliace » par Julien, il s'agit soit de Julien Le Golias, soit d'Armand, soit de Jean Louis, tous marins), fils d'Anne Cosmao, sœur aînée de Julien. Un autre frère, Désiré Le Golias, était sur l'Atlas qui ne participera pas à la bataille, étant indisponible en raison du grand nombre de malades de son équipage ;
•  Les deux frères Barbanson, fils de Suzanne Cosmao, sœur de Julien : Louis, aspirant sur le Pluton et Théodore, aspirant sur le Mont Blanc et qui fut fait prisonnier au combat du Cap Ortega, début novembre 1805 ;
•  Charles Bazoche, futur gendre de Cosmao Kerjulien dont il épousera la fille Zélie, aspirant sur le navire amiral le Bucentaure, qui fut blessé.

L'enveloppe à l'adresse de Monsieur Guillaume Cosmao

Commissaire de marine

Loriant (sic) France

 

 

Page 1

Cadix le 1 janvié 1806

Je vien mon cher Guillaume de recevoir votre lettre
Et lenvois du détail du redoutable dont je vous remerci
ille vous me dite que les papiés se ainsi que les lettres
sur les différantes castasttrophes de nautre malheureuse
aff affaire vous sont inconnu ille serait difficile den rendre comte
pour par tous ceux qui y ont pris une part active – quant a –
moi je me bornerai à vous dire que j ai jai rempli avec
honneur mes devoir et que je ferait autan qu-il
dépendra de moi toujours san rep reproche – Le sang
qui coule dans nos vainne ne (craigni) jamais les dangé
Votre fis comme je vous le disait voudrait doner
des poin a son oncle – tranquilité d-ame- promt
et voyant bien – tel est mon jeune homme
Dans les combat – laffaire terminé – ille vient
A moi avec un air de contentement et tous prêt
A recommanser ------ après nous aitre enbrassé

Page 2

Je ne vous flate pas – vous savé que ce n'est pas
mon ganre – vo aimé sera un jour un Grand officié
ille a des connaissanse de lat lactivité et quoique
dune chetive construction – est dur au mal et
et sa tranquilité – d-ame – dans et avant le combat
prouve la force de son ame ; Si nautre nom a
paru sur la liste de la marine ille sera illustré
par lui – nous en causeront lorceque nous seront
pres de nos nos tisons ; je vous disait dans ma dernierre
qu'il craignait que je ne fut démâté – c'est un terme
de marinne ille – je vous rappelle cela – crainte que vous
ne prenié les chose a rebour – C'est de moi dont je parlai
et non du V au – dont ille sinquietait fort peu
Depuis nautre entré ici nous navon encorre rien fait
et je crain bien que la paix ne nous trouve ici – nous
Y somme san moyen et sans argan – voila ce qu ille y a
de plus mal ; je voudrais trouver un moyen de nou
retirer ; en ca que nous fucion prêt girai courir des
chance sous les ordres dun officié général qui est a a faire
ses preuves de differante manierre – dieu veille qu il
reussice – je naime pas les commandan dan le métié
Je vais vous transcrire mota mo ce que le M ministre
marquet a mon a mon sujet et maistral au Général rossili

Page 3

Les rapports du pluton et du neptune qui est maistral ne
ne mapprenne rien et temoigner en mon mecontantement a ces
deux capitaines ; mais en mesme tems dites leur bien qu il
ne m'est point échapé dans les raport des fregates qu-ils
se sont couvert d'honneur et que jai vu qualors que la
retraite se faiseait ils tenait encore le vent et faiseait
siegnal d'imiter leur manœuvre pour retourner au combat
détermination honorable et glorieuse dont l'empereur
apprecira tous le merite” – voilà tous ce que dit le cher
homme – mai moi je désirai savoir de quelle manierre je sui
dans les cadres et je pen pense que vous pourié le savoir par
R rasiere ; jabite un pay ou jai lamitié et l'estime
géneral et y trouverai des resousse que je ne trouverait
pas da dans le mien et et lorce que je saurait a quoi man
tenir je deviendrait peutetre espagnol si cela na va pas
a mon gré - C'est aujourdui mon cher Guillaume
la Bonne anné – Enbrassé ma sœur pour moi et faite
lui san oublier ma filleulle et Carolinne et le cousein
et ne douté pas des veux que je fait pour vous tous
ainsi que mon amitié sincerre

Julien

aimé barbanson cadet et goliace se porte bien

vous savé le Bayle et theaudore pris

recevé mon compliment sur la promotion
de votre fils au Grade denseigne – ille na
pas été vollé

Transcription mise en forme :

Cadix, le 1 er janvier 1806

Je viens, mon cher Guillaume, de recevoir votre lettre et l'envoi du détail du Redoutable dont je vous remercie (1). Vous me dites que les papiers ainsi que les lettres sur les différentes catastrophes de notre malheureuse affaire vous sont inconnus. Il serait difficile d'en rendre compte par tous ceux qui y ont pris une part active ; quant à moi, je me borne à vous dire que j'ai rempli avec honneur mes devoirs et que je serai, autant qu'il dépendra de moi, toujours sans reproche. Le sang qui coule dans nos veines ne craignit jamais les dangers. Votre fils (2), comme je vous le disais, voudrait donner des points à son oncle : tranquillité d'âme, prompt et voyant bien, tel est mon jeune homme dans les combats. L'affaire terminée, il vient à moi avec un air de contentement et prêt à recommencer après nous être embrassés. Je ne vous flatte pas, vous savez que ce n'est pas mon genre ; Aimé sera un jour un grand officier ; il a des connaissances, de l'activité et, quoique de chétive construction, est dur au mal ; et sa tranquillité d'âme dans et avant le combat prouve la force de son âme ; si notre nom a paru sur la liste de la marine, il sera illustré par lui ; nous en causerons lorsque nous serons près de nos tisons.
Je vous disais dans ma dernière lettre qu'il craignait que je ne fusse démâté (3) ; c'est un terme de marine ; je vous rappelle cela, de crainte que vous ne preniez les choses à rebours ; c'est de moi dont je parlais et non de mon vaisseau dont il s'inquiétait fort peu.
Depuis notre entrée ici, nous n'avons encore rien fait et je crains bien que la paix nous trouve ici ; nous y sommes sans moyens et sans argent, voilà ce qu'il y a de plus mal (4). Au cas où nous fussions prêts, j'irai courir des chances sous les ordres d'un officier général qui a à faire se preuves de différentes manières ; Dieu veuille qu'il réussisse, je n'aime pas les débutants dans le métier (5).
Je vais vous transcrire mot à mot ce que le ministre marquait à mon sujet et [à celui] de Maistral (6) au Général Rosily (7) : « les rapports du Pluton et du Neptune ne m'apprennent rien, témoignez-en mon mécontentement à ces deux capitaines ; mais en même temps, dites-leur bien qu'il ne m'a point échappé, dans les rapports des frégates, qu'ils se sont couverts d'honneurs et que j'ai vu qu'alors que la retraite se faisait, ils tenaient encore le vent et faisaient le signal d'imiter leur manœuvre pour retourner au combat, détermination honorable et glorieuse dont l'Empereur appréciera tout le mérite. »
Voilà tout ce que dit le cher homme. Moi, je voudrais savoir comment je suis dans les cadres et je pense que vous pourriez le savoir par Rosière (8). J'habite un pays où j'ai l'amitié et l'estime générale et y trouverais des ressources que je ne trouverais pas dans le mien. Et lorsque je saurai à quoi m'en tenir, je deviendrai peut-être espagnol si cela ne va pas à mon gré (9).
C'est aujourd'hui, mon cher Guillaume, la Bonne Année. Embrassez ma sœur pour moi, sans oublier ma filleule et Caroline et le cousin (10), et ne doutez pas des vœux que je fais pour vous tous ainsi que de mon amitié sincère.

Julien

Aimé, Barbanson cadet et Le Golias se portent bien.
Vous savez le Bayle et Théodore pris (11).
Recevez mes compliments pour la promotion de votre fils au grade d'enseigne, il ne l'a pas volée (12).

Notes :

1.  On suppose que Julien avait déjà écrit à son frère pour lui demander s'il avait des informations sur la bataille et sur l'action du Redoutable en particulier ;
2.  Il s'agit, bien entendu, de Louis Aimé Cosmao Dumanoir (appelé Aimé). Ce passage montre une réelle affection de l'oncle pour le neveu, une appréciation flatteuse sur ses qualités et ses possibilités et une certaine complicité entre les deux hommes ;
3.  Ce terme signifiait que le neveu craignait que son oncle (et non son vaisseau !) n'ait été blessé ou tué car il s'était exposé pendant toute la bataille ;
4.  Les ressources de Cadix pour remettre en état les navires rescapés de la flotte éprouvés par la bataille manquaient cruellement, si bien que les vaisseaux resteront à Cadix où, en 1808, ils tomberont aux mains des insurgés espagnols et seront détruits. L'état du Pluton, décrit par le vice-amiral Rosily, n'est pas brillant : "La coque du vaisseau très avariée : 200 coups de boulets dans l'étendue de la coque. Toute sa mâture hors de service, moins le grand mât de hune et le beaupré. Son gréement haché hors de service. Deux pièces de canon de 36 et neuf de 18 hors de service. Soute à poudre à refaire et toute sa menuiserie. 661 hommes d'équipage presque tout neuf, fourni de naufragés, le sien ayant été très affaibli par le combat."  ;
5.  Julien fait ici allusion au vice amiral Rosily et à son chef d'état-major, le contre amiral Gourdon, nouvellement à la tête de l'escadre et dont il doute des capacités, ne les ayant jamais vus à l'œuvre ;
6.  Il s'agit du Capitaine de vaisseau Maistral commandant le Neptune à Trafalgar ;
7.  Le vice amiral Rosily, envoyé par Napoléon pour relever Villeneuve, arrivera trop tard, après la bataille ;
8.  Julien s'inquiète pour son avenir. Cela fait longtemps qu'il attend sa promotion au grade de contre-amiral ;
9.  Julien a obtenu l'estime générale des Espagnols pour sa conduite à leur égard lors des combats des Quinze Vingts et de Trafalgar. Il a noué également des liens d'amitié avec certains d'entre eux, dont l'amiral Gravina qui succombera aux blessures reçues à Trafalgar en mars 1806. Julien a du recevoir des offres de service de la part des Espagnols qu'il apprécie, alors qu'il attend toujours une récompense de coté français ;
10.  Ces personnes de la famille devaient se trouver à Lorient, proches de Guillaume. On ne sait pas qui était la sœur en question, ni sa filleule, ni le cousin, quant à Caroline, il semble qu'il s'agisse de Césarine, fille de Guillaume qui est parfois appelée Caroline, bien que ce prénom ne figure pas parmi les siens à l'état civil ;
11.  Voir ci-dessus les différents membres de la famille présents à Trafalgar ;
12.  Louis Aimé était enseigne de vaisseau "auxiliaire" depuis mars 1805.

Retour haut de page

10.3 Les principaux faits d'armes et anecdotes

Nous n'avons pas de récits détaillés autres que ceux qui figurent dans l'état des services, pour tous les combats précédant ceux de 1805 (Voir ci-dessus § 3).

LA PRISE DU ROCHER DU DIAMANT (31 MAI – 2 JUIN 1805)

Le rocher du Diamant aujourd'hui (photo Dominique Cosmao)

Le rocher du Diamant (haut de 176 m), situé à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau au sud de Fort de France (Port Royal à l'époque) (Voir carte au § 1et photos ci-dessus - voir aussi les croquis qu'en a fait Charles Bazoche en 1805 au § 3 de la page qui lui est consacrée ), avait été occupé au début de 1804 par les Anglais qui y avaient aménagé des défenses avec des réserves de vivres et munitions. Observatoire privilégié, avec une visibilité pouvant atteindre 40 milles, il permettait aux navires mouillés sous sa protection, dont le vaisseau Centaur, ou aux navires de Fort Rodney (distant de 20 milles) à Sainte Lucie (possession anglaise), alertés, d'y contrôler les accès et sorties de Fort de France qui se font principalement par le sud. Les Anglais lui avaient attribué le statut d'un navire de sa Majesté : HMS Diamond Rock, pour pouvoir le doter de moyens de défense. Le commandant Maurice en assurait le commandement. Dans le passé, un essai pour réduire la position, avec des chaloupes, avait échoué en raison des forts courants. Le vice-amiral Villaret, capitaine-général de la Martinique, avait sollicité l'amiral Villeneuve pour réduire ce "symbole d'insolence aux portes de la Martinique", lequel accepta de se prêter à cette opération qui, du reste, avait été formellement prescrite par Napoléon et que le contre-amiral Missiessy n'avait pas voulu entreprendre.

Plan des défenses du rocher du Diamant selon les croquis du Commodore Hood, le 14 août 1804, avec le trajet suivi pour leur mise en place sur le sommet par les canons de 18 livres*, le point de débarquement des Français et les batteries de canons supplémentaires installées en septembre.
(extrait du "His majesty's sloop-of-war Diamond Rock" de V. Stuart et G. T. Eggleston)

* mis en place par un système de téléphérique entre le navire et le sommet du rocher

Une division composée des vaisseaux le Pluton et le Berwick, de la frégate la Syrène et des corvettes la Fine et l' Argus, fut chargée, sous le commandement du capitaine de vaisseau Cosmao, de transporter les troupes destinées à l'opération projetée et de les soutenir. Les troupes d'attaque, prélevées sur la garnison (82ème RI), étaient placées sous les ordres du chef d'escadron Boyer.
Le 31 mai, à l'aube, la division du capitaine Cosmao s'approcha du Diamant, accompagnée de quatre chaloupes et de quatre canots, fournis par moitié par l'escadre française et moitié par l'escadre espagnole. Le feu des vaisseaux et autres bâtiments de la division força les Anglais à abandonner le bas du rocher. Malgré la riposte des assiégés, les embarcations parvinrent ensuite à effectuer leur débarquement.
Aussitôt débarquées, les troupes furent bientôt maîtresses de la base du rocher, mais la progression vers le haut se heurta à une vive opposition des Anglais en position dominante. Dans la nuit, des renforts en personnel, vivres, munitions et matériel d'escalade (échelles et cordes) leur parvinrent. Une première tentative échoua.
La journée du 1er juin fut consacrée à des reconnaissances et à la préparation de la reprise de la progression. De nouveaux renforts parvinrent dans la nuit du 1 er au 2.
Un passage, trouvé par un petit groupe, permit à quelques hommes de prendre pied sur une plateforme au-dessus des positions françaises, à partir de laquelle, ils lancèrent des cordes et permirent ainsi à un renfort de grimper à leur hauteur.
À partir de là, les Français escaladèrent de partout et s'emparèrent des grottes où étaient entreposées les réserves anglaises : les vivres, les munitions et surtout l'eau.
Les Anglais hissèrent alors sur le sommet du rocher le pavillon de reddition qui fut retransmis aux combattants. Le commandant Maurice reçut les honneurs de la guerre. Il fut par la suite acquitté par le Conseil de Guerre anglais constitué pour juger de sa conduite.
Il s'agit d'un authentique fait d'armes, dont avait bien besoin l'escadre. L'organisation générale de l'attaque et la détermination avec laquelle les navires avaient apporté leur soutien, pour l'acheminement des troupes, par l'appui feu et par l'approvisionnement et le renforcement des assaillants,sont à mettre au crédit du chef de l'expédition, Cosmao Kerjulien.
L'amiral Villeneuve en rendit compte en ces termes : "Cette affaire peu importante en elle-même, peut être considérée comme un beau fait d'armes, par les difficultés qu'elle présentait, et la réunion des moyens de défense que l'ennemi avait rassemblés. Elle fait le plus grand honneur à tous ceux qui y ont été employés : au capitaine Cosmao … qui a manœuvré avec beaucoup de hardiesse et d'habileté …".
Une légende raconte que des barriques de rhum jetées à la mer depuis la baie de Sainte-Lucie auraient dérivé jusqu'au rocher du Diamant. Ayant goûté ce rhum et en ayant abusé, les Anglais n'auraient presque pas offert de résistance aux soldats français. Nous savons que ce n'est qu'une légende, sans doute inventée par les Anglais!

Retour haut de page

LE COMBAT DES QUINZE-VINGTS (22 JUILLET 1805)

Le 22 juillet 1805, l'escadre franco-espagnole comprenant vingt vaisseaux aux ordres du vice-amiral Villeneuve faisait voile vers le Ferrol par la latitude du cap Finistère. Elle rencontra l'escadre anglaise de quinze vaisseaux commandée par l'amiral Calder. L'escadre franco-espagnole s'étant mis en ordre de bataille, les vaisseaux espagnols en avant-garde, et le Pluton en tête des vaisseaux français. Le combat s'engagea entre les avant-gardes, dans des conditions de visibilité très médiocres. Cosmao Kerjulien s'aperçut que le vaisseau espagnol le Firme, serre-file de ceux de sa nation, démâté de plusieurs de ses mats, dérivait dans la ligne anglaise, ainsi qu'un autre espagnol, le San-Raphaël. Ne consultant que son courage, il quitta son poste et vint se placer entre les Anglais et le Firme. Cette belle et audacieuse manœuvre aurait eu tout le succès qu'en attendait Cosmao, si les vaisseaux placés derrière le Pluton eussent pu l'imiter. Mais la brume et la fumée les en empêchèrent et, se trouvant seul contre plusieurs vaisseaux ennemis, il se vit forcé d'aller reprendre son poste. Le Firme tomba au pouvoir des Anglais ainsi que le San Raphël.
Pendant que Cosmao se dévouait ainsi pour venir au secours de vaisseaux alliés, trois autres : le Terrible, l' España et l' America, fort maltraités, tombaient sous le vent de la ligne. Le Pluton quitta encore son poste pour couvrir ces vaisseaux de son feu. Mais, plus heureux cette fois, il les empêcha d'être enveloppés et pris.
Cette bataille ne fut probante pour aucun des deux adversaires, aucun n'ayant su prendre l'avantage sur l'autre, les Anglais ayant toutefois capturé deux vaisseaux espagnols. L'amiral Gravina en voulut un peu à Villeneuve de ne pas avoir été plus agressif pour reprendre ces vaisseaux aux Anglais, mais lui et tous les Espagnols avaient remarqué les efforts de Cosmao et lui en témoignèrent une profonde gratitude.
Nous avons là un exemple typique de la conduite de Cosmao Kerjulien. Il a su faire preuve d'initiative, n'hésitant pas à quitter son poste pour agir. Il a effectué une manœuvre audacieuse que nous lui verrons renouveler fréquemment par la suite et avec succès : s'interposer entre l'ennemi et le vaisseau en difficulté pour le couvrir.

Retour haut de page

LE COMBAT DE TRAFALGAR (21 OCTOBRE 1805)

Carte extraite de "Trafalgar" d'Auguste Thomazi

Au début de la bataille, l’espagnol Monarca, ayant abandonné la ligne, laissa un vide entre la Santa-Anna et le Fougueux. Le vaisseau anglais le Mars voulut en profiter et forcer le passage sur l’avant du Pluton, commandé par Cosmao. Cosmao ayant deviné cette manoeuvre, la prévint et força de voiles, avança rapidement et obligea le Mars à chercher un autre créneau.
C’est entre le Monarca et l’Achille, séparés par un grand intervalle, que le Mars tenta de renouveler sa tentative. Mais Cosmao avait suivi de l’œil les évolutions du Mars. Le Pluton serra le vent et courut vers le vaisseau anglais, auquel il prêta le côté. Le combat s’engagea, rude et sanglant. Il durait déjà depuis une demi-heure. Le Mars avait éprouvé de grosses avaries, perdu beaucoup de monde, dont son commandant, le capitaine de vaisseau Georges Duff, décapité par un boulet du Pluton. Cosmao songeait à terminer l’affaire par un brusque abordage, quand un vaisseau anglais à trois ponts, le Tonnant, vint à la rescousse et chercha une position favorable pour écraser le Pluton par des volées d’enfilade. Mais Cosmao n’était pas un homme à plier devant un nouvel assaillant. Par une manœuvre habile, Cosmao garda son navire des bordées du trois ponts et réussit à placer le Pluton sous la hanche de cet adversaire, en même temps qu’il opposait au Mars toute l’artillerie de bâbord. Dans cette position avantageuse, il écrasa le Tonnant par de furieuses bordées qui brisèrent son mat d’artimon et son grand mât de hune, démolirent sa voûte et lui tuèrent ou blessèrent deux cents hommes. Le capitaine Tyler, mortellement atteint, céda le commandement, puis le vaisseau s’éloigna.
Débarrassé de cet ennemi, Cosmao dirigea tous ses efforts contre le Mars. Libre de sa manœuvre, il entendait le combattre sous l’allure et dans la position la plus avantageuse aux batteries du Pluton. Pour la seconde fois, il gagna l’avantage du vent, masqua ses voiles, et, se laissant dépasser par le navire anglais, fit porter de deux quarts afin de présenter le travers à la poupe du bâtiment ennemi. A son tour le Mars subit un désastre. Pendant une demi-heure, Cosmao maintint le Mars sous les projectiles de quarante bouches à feu. Enfin, Cosmao, le voyant tout fracassé et rasé de ses trois mâts, n’attend pas qu’il se rende : il l’abandonne, et, parcourant la ligne, reprend son rôle de protecteur. On le voit encore dégager et soutenir plusieurs des vaisseaux les plus exposés de la flotte franco-espagnole.
Bientôt après, le Principe de Asturias fit flotter les signaux de retraite et rentra à Cadix suivi de Cosmao et des débris de la flotte vaincue.
On a dit de Cosmao qu’il fut l’homme du lendemain plutôt que l’homme du jour. Il fût les deux à la fois. Sa conduite pendant la néfaste bataille avait été héroïque, et, comme on vient de le voir, le rôle du Pluton des plus efficaces.Cosmao venait de montrer une fois de plus des qualités de manœuvrier hors de pair. Il avait conduit son vaisseau pendant plusieurs heures au cœur du combat sans éprouver d'avaries majeures et allait donner bientôt de nouvelles preuves de sa valeur."

(D'après le récit de G. de Raimes)

Retour haut de page

L'ACTION DU 23 OCTOBRE 1805

Le 23 octobre 1805 (le surlendemain de la bataille et non le lendemain comme cela est dit souvent), l'amiral Gravina (grièvement blessé) lui ayant transmis le commandement des navires mouillés à Rota , la flotte anglaise ayant été aperçue à l'horizon, Cosmao résolut d'en profiter.
En une demi-journée, il fit réparer le gréement du Pluton , et, bien que ce vaisseau embarqua trois pieds d'eau à l'heure et fut réduit à quatre cents hommes d'équipage, il emprunta quelques matelots à la frégate l' Hermione et se porta à la rencontre des vaisseaux anglais, avec une division composée de trois vaisseaux français (le Pluton , le Neptune et le Héros ) et deux espagnols (le Rayo et le San Francisco de Asis ), cinq frégates et trois corvettes.
La brise était favorable ; les navires alliés ne tardèrent pas à approcher la flotte britannique, laquelle marchait avec une excessive lenteur. Les vaisseaux anglais, épuisés par la lutte de l'avant-veille, se dérobèrent à un nouveau combat et abandonnèrent leurs captures. C'était ce que Cosmao voulait. Il leur enleva la Santa Anna, montée par l'amiral Alava, et le Neptuno qui furent ramenées à Rota par les frégates françaises. En fait, il n'y eut pas d'engagement par le combat, contrairement à ce que représentent certaines illustrations.
Cosmao, apercevant au loin plus de vingt bâtiments, fit rentrer sa division, dont l'état ne lui permettait pas de risquer un nouveau combat.
De son côté, l'amiral Collingwood, de crainte de nouvelles attaques, et le mauvais temps persistant, décida de couler ou incendier quatre prises : la Santissima Trinidad, l' Argonauta, le San Augustino et l' Intrépide .
En définitive, un seul navire capturé à Trafalgar sera incorporé à la flotte anglaise : l'espagnol San Juan Nepomuceno .
Cette sortie reflétait bien l'état d'esprit des survivants désireux de prendre une revanche et constituait un effort courageux pour sauver ce qui pouvait l'être de ce grand désastre, même si le résultat fut décevant : seul le Santa Anna parvînt au port, le Neptuno et le Rayo firent naufrage au large de Rota. Cosmao Kerjulien avait cependant, encore une fois, bien mérité son surnom de « Va-de-bon-cœur » ainsi que l'estime des Espagnols et cette action reste son plus beau fait d'armes au regard de l'histoire.

Retour haut de page

LE RAVITAILLEMENT DE BARCELONE (avril-mai 1809)

La guerre commença en 1808 lorsque Madrid se souleva contre l'armée française stationnée dans la capitale espagnole. L'insurrection se généralisa à tout le pays après que Napoléon obtint l'abdication du roi d'Espagne au profit de son frère, Joseph. Suite à l'intervention personnelle de Napoléon présent en Espagne de novembre 1808 à janvier 1809, les Français purent reprendre en main les principales villes dont Barcelone. Les difficultés de l'occupant résidaient surtout dans la particularité du combat : les Espagnols pratiquaient la guerilla. Si les Français remportaient régulièrement des victoires contre l'armée régulière espagnole et prenaient d'assaut les villes, ils peinaient contre les petits groupes de résistants embusqués qui les harcelaient. C'est ainsi que la situation de la garnison de Barcelone était critique en ce début d'année 1809 en raison des attaques perpétuelles contre les lignes de ravitaillement.
Le 7 avril 1809, Cosmao Kerjulien reçut l'ordre du vice amiral Ganteaume de prendre à Toulon le commandement d'une division comprenant cinq vaisseaux : le Robuste (navire amiral), le Donawert , le Génois , le Borée , le Lion , et les frégates la Pénélope et la Pauline , avec dix à douze bâtiments chargés de vivres et de munitions destinés au déblocage et au ravitaillement de la garnison de Barcelone.
Les renseignements donnaient à penser que la flotte anglaise serait en Sicile ou à Malte en train de se ravitailler. Les Anglais n'auraient pas non plus été signalés aux Baléares (alors qu'ils y étaient) et n'avaient qu'une frégate de surveillance au large de Barcelone, mais une division comprenant plusieurs frégates était à l'ancre à proximité de Barcelone (à l'ouest).
Il était recommandé en conséquence à Cosmao Kerjulien de faire route directement sur Barcelone et de s'y attarder le moins possible. Pour le retour sur Toulon, en cas de poursuite par la flotte anglaise et pour éviter la croisière anglaise au large de Toulon, on imaginait plusieurs solutions de manœuvres évasives par la Sardaigne ou la Corse.
Comme d'habitude, Cosmao Kerjulien conduisit cette opération avec détermination et énergie, comme un véritable "raid", si bien que, bénéficiant aussi d'un certain facteur chance, il mena à bien sa mission complètement et sans aucun incident, échappant de peu à l'escadre anglaise. Mais il avait su organiser sa division de manière à s'assurer d'une bonne marche, de la maîtrise du temps et d'une progression groupée qui lui avait permis d'agir rapidement et d'échapper ainsi à la vigilance anglaise.
Pour une fois, le Ministre de la Marine , Decrès, lui adressa le 9 mai des félicitations pour le succès de l'opération considérée comme très importante et souligna sa parfaite exécution : « Recevez mes félicitations sur le danger auquel a su échapper le contre amiral Cosmao. »
En octobre 1809, le contre amiral François Baudin reçut la même mission, avec les mêmes navires mais ne put la mener à bien. Interceptés par les Anglais au large de Sète, deux de ses navires : le Robuste et le Lion, furent contraints à s'échouer sur la côte (près de Maguelone) puis furent incendiés.

Retour haut de page

LA MANŒUVRE DU WAGRAM (5 NOVEMBRE 1813)

Au mois de novembre 1813, Cosmao Kerjulien commandait une division sur le Wagram. Il faisait de fréquentes sorties et avait eu avec les Anglais divers engagements partiels, lorsque, le 5 novembre, dans une de ces excursions, une saute de vent exposa subitement plusieurs vaisseaux de l'avant-garde aux feux de l'ennemi. Cosmao laissa alors porter en dépendant et couvrit avec son vaisseau le trois-ponts l'Agamemnon qui courait le danger d'être enveloppé. Il manœuvra ensuite de la même manière à l'égard des frégates la Pénélope et la Melpomène, en prenant position entre elles et les vaisseaux qui menaçaient de la couper.
Cette manœuvre est la plus belle qu'ait réalisée Cosmao, dans son style habituel, ce qui lui vaut d'être cité fréquemment pour ce fait d'armes, dans les ouvrages traitant de cette période.

Retour haut de page

LES DEUX MISSIONS SUR CORFOU (1808 – 1814)

 

Février 1808 : ravitaillement de Corfou

Napoléon voyait dans les Îles ioniennes dont Corfou est la principale, un « complément de ses provinces d'Illyrie et la domination de l'Adriatique » et il les considérait comme « plus intéressantes pour nous que toute l'Italie ». Il proposa au Tsar Alexandre 1 er son soutien en échange des Îles ioniennes. Lors de la paix de Tilsit en 1807 , l'archipel fut cédé à la France qui s'empressa de l'occuper.
En février 1808, le vice amiral Ganteaume reçut mission de ravitailler et renforcer Corfou et, au retour, de s'assurer du détroit de Messine pour transporter les troupes massées dans la région de Reggio pour conquérir la Sicile. À la tête de l'escadre de la Méditerranée , il disposait des deux divisions des contre amiraux Allemand et Cosmao Kerjulien.
Le 10 février 1808, l'escadre appareilla, la division Cosmao en tête, composée des vaisseaux le Robuste (vaisseau amiral) et le Borée , de la corvette la Mohawk et de la flûte le Var . Il avait reçu les instructions écrites (qui s'avéreront très insuffisantes) de Ganteaume lui prescrivant, s'il était séparé de l'escadre, de ne pas s'approcher seul de l'ile de Corfou et d'attendre l'escadre au point de rendez-vous fixé au Cap Sainte Marie (Santa Maria de Leuca), au sud-est du golfe de Tarente, et de se réfugier si besoin à Tarente, pour éviter tout engagement avec des forces supérieures (voir ci-dessous).

Extrait de l'ordre du vice-amiral Ganteaume
Il est clairement dit:"Si par les événemens de la mer, vous vous trouviez séparé de l'armée, vous auriez soin de ne pas vous approcher de cette isle avant votre réunion à l'armée… ".

Dès la sortie de Toulon, l'état de la mer était tel que la division fut d'emblée séparée du reste de l'escadre. Cependant, Cosmao, comme à son habitude, garda sa division groupée et rejoignit rapidement, le 19 février, le point de rendez-vous. En cours de route, il récupéra même quelques navires de l'escadre égarés : notamment les vaisseaux le Génois et Annibal .
Ayant aperçu des forces ennemies menaçantes, conformément aux consignes de Ganteaume, Cosmao gagna le port de Tarente où il entra le 24 février.
N'ayant que des instructions très incomplètes sur la mission que devait remplir Ganteaume, il sollicita vivement des ordres du roi de Naples (Joseph Bonaparte, frère de Napoléon).
Presqu'au même moment, le 23 février, Ganteaume entrait à Corfou, sans être passé au Cap Saint Marie pour rallier la division Cosmao comme cela était prévu.
Après bien des hésitations, ignorant que Ganteaume avait rejoint Corfou, Joseph se décida à écrire à Cosmao de tenter d'exécuter seul ce qu'il devait exécuter avec le reste de l'escadre. C'était le 8 mars, aussitôt ce dernier cingla vers Corfou qu'il atteignit le 12 mars, retrouvant, à son grand soulagement, le reste de l'escadre mouillée à Corfou.
La première partie de la mission était ainsi menée à bien, tant bien que mal, malgré le retard de Cosmao. La conquête de la Sicile , elle, fut annulée, ses chances de réussite étant considérées comme douteuses, en raison de l'arrivée de renforts anglais importants. L'escadre rejoignit donc Toulon directement.
Ci-dessous, ces extraits de «  Mémoires et correspondance politique et militaire du Roi Joseph  » résument bien les conclusions à tirer de cette affaire :
"Les contre-amiraux Cosmao et Allemand, au lieu d'avoir des instructions précises, ne connaissaient que très imparfaitement le but qu'on se proposait; de là, cette grande retenue que montra le premier, une fois séparé de son chef, à s'aventurer sans ordres positifs."
Plus loin : "Napoléon eût dû s'attribuer le succès incomplet de l'expédition : il aima mieux s'en prendre au contre-amiral Cosmao, qu'il accusa de faiblesse et d'imbécillité. Cosmao était un marin brave et plein d'énergie ; il ne méritait pas les dures invectives dont l'Empereur l'accabla dans ses lettres à son frère, lettres, du reste, toutes confidentielles, et qui n'étaient pas destinées à être lues par d'autres que par Joseph; ce qui, après tout, ne l'empêcha pas d'employer ce contre-amiral, et de lui rendre ainsi, de fait, la justice qu'il méritait."

Juin 1814 : évacuation de Corfou

Pendant toute la période de 1808 à 1814, la garnison française de Corfou du général Donzelot (gouverneur général des Îles ioniennes) résista au blocus anglais, alors qu'ils s'étaient emparés des autres iles de l'archipel, et n'évacua l'île qu'après le Traité de Paris, sans capitulation. Le traité de Paris confiait les Îles ioniennes au protectorat britannique.
Le contre-amiral Cosmao Kerjulien, nommé commandant de l'escadre de la Méditerranée , reçut l'ordre de réaliser l'évacuation des forces et des ressortissants français. Il appareilla de Toulon, au début de juin 1814, avec 5 vaisseaux (dont le Sceptre , navire amiral), 4 frégates, 1 brick et des transports et mouilla à Corfou le 12 juin où il commença aussitôt l'embarquement.
La convention de Paris du 23 avril 1814 n'autorisait à emporter que 39 pièces d'artillerie (une pour 1 000 hommes). Cent trente pièces furent embarquées. Le général anglais Campbell protesta. Donzelot le mit au défi de venir les chercher. Les Britanniques laissèrent faire. Le 24 juin, le drapeau britannique flottait sur la « Fortezza Vecchia », pour 50 ans, et le 25, l'escadre mit à la voile sur Toulon.
Cosmao fut félicité du déroulement de cette mission par le gouvernement de Louis XVIII, satisfait de voir la façon remarquable dont l'opération s'était déroulée et sans avoir cédé aux Anglais.


Note : Cosmao rencontra à cette occasion la famille de Matthieu de Lesseps, Commissaire Impérial puis Commissaire Général du Gouvernement français des Îles ioniennes, dont le fils, Ferdinand de Lesseps, plus tard constructeur du canal de Suez, avait alors 9 ans.

Retour haut de page

LE COMBAT DU 13 FÉVRIER 1814

 

La zone de l'engagement (sur une carte d'aujourd'hui)

Au mois de février 1814, le contre-amiral Cosmao Kerjulien reçut mission de protéger l'entrée à Toulon du vaisseau le Scorpion, attendu de Gènes. Il s'agissait de tromper le blocus par la flotte britannique, commandée par Sir Edward Pellew.
Cosmao Kerjulien sortit le 12 avec une division de trois vaisseaux de 80 canons : le Sceptre, sur lequel il avait son pavillon d'amiral, le Trident et le Romulus et trois frégates de 44 canons : la Médée, l' Adrienne et la Dryade .
Le lendemain, la division se trouvant, à la pointe du jour, à 10 à 15 miles dans le sud-ouest de Fréjus, eut connaissance de deux frégates auxquelles elle donna la chasse. Elle était à 18 miles dans le quart sud-est du Cap Bénat, lorsque fut signalée dans le sud l'armée navale de l'amiral Pellew, forte de quatorze vaisseaux dont sept à trois ponts. Il faisait calme lorsque Cosmao Kerjulien ordonna d'abord les dispositions de combat, mais, quelques moments après, la brise s'étant levée, la division fit route vers Toulon, en passant par les Iles d'Hyères. Son coup d'œil, rapide et sûr, lui firent juger qu'en défilant sur la tête de l'armée anglaise, qui présentait une ligne fort étendue, il n'aurait affaire qu'à quelques-uns de ses vaisseaux et pourrait gagner Toulon avant d'être joint par son corps de bataille.
À onze heures trente, la division sortait de ces îles par la petite passe, en ordre de convoi, les vaisseaux et frégates rangés comme suit : le Sceptre, vaisseau amiral, la Médée, la Dryade, le Trident, l' Adrienne et le Romulus . La manœuvre avait réussi et les Anglais ne purent accrocher que la fin de la colonne française.
Vers midi trente, le Boyne, vaisseau de tête de la ligne anglaise de 110 canons, ouvrit le feu sur la Médée, la Dryade et le Trident qui ripostèrent avec vigueur jusqu'à ce que, parvenu à passer derrière le Trident, le Boyne put envoyer à la colonne française une bordée de l'arrière vers l'avant, et séparer ainsi l' Adrienne et le Romulus sur lequel il dirigea ensuite exclusivement son feu.
Cosmao, apercevant le danger du Romulus, envisagea de manœuvrer avec le Sceptre pour rentrer dans le feu, mais cela aurait introduit le désordre dans la ligne française, permettant aux Anglais d'engager d'autres navires français. Par ailleurs, les ordres du vice-amiral Emeriau l'incitaient à rejoindre le mouillage.

Le combat du Romulus par Pierre-Julien Gilbert
Galerie historique du Château de Versailles

Le combat du Romulus par le peintre toulonnais Vincent Courdouan


Le Romulus, commandé par le capitaine de vaisseau Rolland*, menacé d'être combattu des deux bords, ce qui eut rendu sa position fort critique, vint immédiatement sur tribord et il continua sa route, serrant la terre de très près. Le Boyne et un second trois-ponts, le Caledonia, canonnèrent le Romulus qui répondit avec vigueur au feu des ses deux adversaires. À la hauteur du Cap Brun, menacés maintenant par les batteries des forts qui avaient ouvert le feu sur eux (au demeurant très imprécis et peu nourri), les vaisseaux anglais, rappelés par Pellew, abandonnèrent la poursuite. Il y avait trois quarts d'heure que l'action était engagée.
Le Boyne, dont la mâture était fort endommagée, fut pris en remorque par une frégate. Le vaisseau français, dont le gréement était haché et les voiles en lambeaux, avait son côté bâbord criblé par les boulets. Le capitaine Rolland, blessé dès le début de l'action, avait été remplacé par le capitaine de frégate Biot.
Ensuite, le Romulus parvint à rallier, sur la rade de Toulon, la division que Cosmao Kerjulien y avait ramenée, bien que l'ennemi lui croise la route.
Les différentes phases du combat s'étaient déroulées très près de la côte et de nombreux spectateurs enthousiastes y avaient assisté des hauteurs dominant la rade de Toulon.
Cette action ne constitue pas une grande victoire navale puisque l'affrontement avait été limité à l'engagement de l'arrière-garde, mais les dégats causés aux Anglais et la vigueur manifestée, obligèrent ceux-ci à s'éloigner, laissant libre le passage pour que le Scipion puisse rallier Toulon sans encombre. Elle a été relevée par les historiens (y compris Anglais) comme un exemple de l'habileté, de la maîtrise de la manœuvre navale, du coup d'œil et du grand sens de l'opportunité de Cosmao Kerjulien, sans oublier la bravoure dont a fait preuve le Romulus et la grande détermination de tous les navires de la division, sans doute à l'image de leur chef. À cette époque, la domination britannique sur mer était écrasante, mais ils ne firent pas preuve, à cette occasion, d'une très grande agessivité. Sans doute la présence de Cosmao Kerjulien, bien connu de son adversaire anglais et redouté, à la tête de la division, y était-elle pour quelque chose. Malgré cela, Decrès, ministre de la Marine, qui montre par là qu'il n'appréciait pas Cosmao Kerjulien, fit une critique acerbe de son comportement**.
Il s'agit également du dernier combat livré par la Marine du 1er Empire et par Cosmao Kerjulien.

* Le médecin du Romulus était le chirurgien-major Jacques Cosmao, neveu de Cosmao Kerjulien (fils de son frère Allain).
** Les critiques s'étendaient également au vice amiral Emeriau auquel il était reproché de ne pas avoir fait appareiller quelques navires pour prêter main forte à la division Cosmao Kerjulien.

Retour haut de page

LE PASSAGE DE GIBRALTAR (14 SEPTEMBRE 1814) : SON DERNIER EMBARQUEMENT

À la tête d'une division constituée du Wagram (sur lequel il avait son pavillon), de l' Austerlitz, du Commerce de Paris*, et de la gabarre la Prudente, Cosmao Kerjulien quitta Toulon le 19 août 1814, pour se rendre à Brest. Il intégra ensuite la goélette le Goéland qu'il rencontra en mer.
Il venait de commander pendant quelques mois l'escadre de la Méditerranée, notamment pour l'évacuation de Corfou. À ce moment-là, on n'était plus en guerre, depuis l'abdication de Napoléon 1er, le 6 avril 1814.
Le 14 septembre, il se trouva devant Gibraltar, retenu par des vents contraires.
Il fut alors engagé, à la fois par le contre-amiral britannique commandant la station de Gibraltar (sur la gravure - voir ci-dessus § 10.1 - on peut distinguer, amarré au Wagram, le canot de son émissaire, le capitaine de vaisseau Guion, battant pavillon britannique), et par le général espagnol commandant à Algésiras, à venir se mettre à l'abri en mouillant dans leurs ports respectifs. Il déclina ces invitations, préférant rester sous voiles, de manière à pouvoir profiter rapidement de toute évolution favorable des vents.
Après le passage de Gibraltar, au large de l'Espagne, la division française rencontra une frégate anglaise dont le commandant s'autorisa à transmettre des signaux incompréhensibles mais qui semblaient insultants pour les Français (un quartier de mouton, un poulet, une bouteille, un gobelet, une grande fourchette, une grande cuillère, hissés en guise de signaux?). Cosmao Kerjulien essaya de coincer la dite frégate entre deux de ses vaisseaux, mais celle-ci réussit à se tirer habilement de cette situation et à s'échapper.
Il atteignit Brest le 10 octobre 1814.
Ce trajet fut le dernier embarquement officiel de Cosmao Kerjulien qui clôtura ainsi plus de 32 ans de services à la mer, dont les trois-quarts en temps de guerre, sur un total de 37 années de services !
L'année suivante, il sera nommé Préfet Maritime de Brest, puis destitué par Louis XVIII, après les Cent Jours et obligé de quitter la marine alors qu'il n'avait que 54 ans.

* Le Commerce de Paris, construit à Toulon en 1805, qui fit partie à plusieurs reprises de la division Cosmao, termina sa longue carrière sous le nom de Borda (1er du nom), batiment de l'Ecole Navale entre 1840 et 1865.

___________________________________________________

Retour haut de page